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le grand lac de la Contemplation

Le temps passait dans la Cité, mais il passait avec une lenteur incroyable. Depuis que l’empereur était parti en compagne militaire durant le printemps, la Cour s’était laissée engourdir dans la pesanteur d’un ennui ambiant. Sans souverain, la Reine Mère avait reprit la gestion de la totalité de la ville. A l’inverse du caractère enjoué et fougueux du jeune empereur, Trixie avait enveloppé la Cour d’un doux voile d’austérité et de grisaille. Pour fuir cette ambiance pesante, beaucoup de courtisan avait préféré partir à la campagne en attendant le retour du divin prince. Onève non plus n’échappa pas à la tendance, elle décida de finir sa grossesse presque à terme dans sa résidence secondaire à l’Ouest de la Cité.

-         Mais je croyais que les femmes ne pouvaient pas sortir du Harem ? Demanda Edelweiss étonnée lorsqu’elle posa les pieds dans cette petite maison traditionnelle, entourée par les champs.

-         Elles ne peuvent pas. Le Harem est un concept, petite sœur. Regarde autour de toi, il y a une cinquantaine d’eunuques ici uniquement dévoué à me protéger des regards indiscrets et bien sûr à surveiller ma vertu. Il ne faudrait tout de même pas que la maîtresse du plus grand souverain du monde aille voir ailleurs avec un vulgaire paysan du coin ! Dit-elle en éclatant de rire. Nous sommes toujours au Harem. Rien n’a changé les règles sont toujours les mêmes. Et si je m’écarte du règlement, je devrais rendre des comptes à la Vénérable et je ne tiens pas à être mis en présence de son œil de vautour ! Penses-tu qu’elle soit borgne ? C’est vrai après tout, elle ne présente toujours que la même partie de son visage...

Onève éclata de rire à nouveau. Manifestement les règles étaient toujours identiques mais tout de même, les langues étaient un peu plus déliées. Elle n’aurait jamais osé proférer ces mêmes paroles dans la Cité sur la reine mère.

Trois jours à peine après son arrivé à la campagne, Onève donna naissance à... Une fille. La déception était perceptible sur tous les visages de sa suite personnelle et personne n’osaient trop féliciter l’Imane qui sembla broyer du noir pendant quelque temps. Edelweiss chercha à s’échapper de cette atmosphère en parcourant à cheval les chemins environnant, tout en faisant attention à toujours être dans l’angle de vue d’un eunuque. Mais bientôt, tous les chemins boisés lui semblait connu, elle entreprit alors d’en trouvait de nouveaux, mais la surveillance oppressante des eunuques ne lui permettait pas de tel écart. Pourtant elle remarqua un jour dans les hautes herbes un cours d’eau longeant la maison. Elle suivit le cours jusqu’à un certain point où les eunuques rappelèrent à l’ordre la jeune fille. « Je sais pourquoi ils me surveillent, c’est parce qu’ils m’ont vu prendre une monture à l’écurie. Si je m’arrangeais pour qu’ils croient que je me trouve encore à l’intérieur de la maison, j’aurais le champ libre ». Edelweiss fut aidé dans son projet d’escapade par un facteur météorologique. La saison chaude débuta et avec elle ses terribles vagues de chaleur. Il était impensable pour qui que se soit d’envisager de sortir sous un soleil de plomb entre midi et le début de soirée, oui, mais pas pour Edelweiss. Elle s’était sentie tellement enfermée dans les hauts murs du Harem qu’elle n’allait surtout pas perdre cette occasion unique de pouvoir chevaucher en solitaire les campagnes de l’Empire. « Juste deux heures pas plus et ensuite je rentre  » se dit-elle tout en se glissant silencieusement de sa chambre pendant que tout le monde faisait la sieste. Arrivée aux écuries, elle détacha le plus discrètement possible la bride d’un cheval à la robe noir qu’elle avait baptisé Feu Joyeux. La cavalière dû poser sa main sur son mufle pour l’empêcher de hennir. Ensemble, ils traversèrent la cour intérieure sans se faire remarquer et descendirent jusqu’au bord du cours d’eau. Elle suivit le sens du courant jusqu’à être certaine d’être à bonne distance de la maison, puis elle grimpa sur sa monture et partit au galop dans une course folle tout en savourant son plaisir d’avoir déjoué si facilement la surveillance intransigeante des gardiens du Harem.

Autour d’elle ce n’était que hautes herbes sèches à perte de vue dans un silence seulement brisé par le chant des criquets.

-         Nous allons faire une pause, dit-elle à sa monture au bout d’un  moment.

Elle s’assit au bord du ruisseau qu’elle n’avait pas quitté pour se rafraîchir. Au-dessus d’elle le disque solaire était au zénith et au picotement qu’elle ressentait sur les épaules, il tapait extrêmement fort.  Elle se mit debout sur la selle de Feu Joyeux pour tenter de trouver un point d’ombre quant elle remarqua que le ruisseau continuait sa course sous le couvert d’un bois un peu plus loin au sud. « Je vais jusqu’à là-bas pour me détendre et ensuite je fais demi-tour en suivant le ruisseau à contre sens » se dit-elle.

Edelweiss savait à peu près depuis combien de temps elle avait quitté la maison de campagne, mais en revanche, elle perdit toute notion du temps lorsqu’elle pénétra dans ce bois constitué de gigantesque séquoia et au sol jonché d’épine. C’était comme si elle avait pénétrait dans un autre monde où la norme n’existait pas. Et plus elle avançait plus le cours d’eau grossissait jusqu’à atteindre la taille d’une rivière. Soudain dans le lointain, elle entendit un grondement sourd continue, et en remarquant les rayons du soleil percer brutalement l’épaisse forêt, elle comprit qu’elle approchait d’une chute d’eau. Elle accéléra l’allure de son cheval et s’arrêta au bon moment au bord d’une falaise de près quatre-vingt pieds de haut (environ vingt cinq mètres et demi)d’où la rivière se jeter dans un grand lac. Si large qu’elle n’en apercevait même pas l’autre rive !

Elle attacha Feu Joyeux à un tout jeune séquoia mesurant modestement quinze pieds de haut (environ cinq mètres sachant que la taille d’un séquoia adulte et d’environ cent dix mètres) et longea à pied les bords de la falaise qui descendait en pente douce au fur et à mesure qu’elle parcourait le contour du lac. Elle contempla longtemps cette eau limpide au reflet gris sillonnée par les rides tranquilles des vagues. Le ciel, lui aussi parfait, était parsemé de légers nuages immobiles qui semblaient avoir étaient tracés à la craie. Elle aurait pu continuer à méditer longtemps sur la beauté du paysage quand  son attention fut captivait par le son d’un sitar. En écoutant attentivement, elle réalisa qu’elle ne rêvait pas et que quelque part quelqu’un jouait bien du sitar. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour localiser à l’oreille l’origine de cette musique. En marchant un peu, elle aperçut enfin deux personnes, dos à elle, assis au sommet d’une colline. L’un d’eux aux cheveux bouclés était le joueur de sitar tandis que l’autre... elle hésitait encore. À cette distance elle ne put distinguer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme tant la longueur démesurée de ses cheveux bruns s’étalait librement autour de lui. Mais sa riche tunique vert pastel cousu d’arabesque de fleurs de cerisier laissait penser qu’il était d’un niveau social supérieur au musicien.

Elle allait passer son chemin sans déranger ces deux étrangers quand elle eut la maladresse de marcher sur une branche morte qui se brisa avec fracas. Les deux étrangers se retournèrent en même temps dans sa direction. Une joie immense emplit Edelweiss quand elle reconnut celui à la tunique verte.

-         Hédopian ! S’exclama t-elle sans même réfléchir.

Les deux étrangers restent un instant interdit jusqu’à ce que le musicien aux cheveux bouclés mette la main devant sa bouche pour étouffer un rire moqueur. Alors en quelques secondes Edelweiss se rendit compte de sa monumentale erreur. Tout d’abord Hédopian coupait ses cheveux au niveau des épaules et puis tout simplement Hédopian ne pouvait pas ce trouver ici à cet instant mais au fin fond de la frontière Ouest en plein milieu d’un conflit militaire. « Tous les hommes de la terre mais pas lui... » supplia t-elle intérieurement. Puis, le musicien dévala la colline et se planta devant la jeune fille.

-         Ce n’est pas souvent que l’on voit de jolie femme sortir des bois de cette manière ! êtes-vous une elfe ou encore une autre créature étrange de la sorte ?

Elle fixa le jeune homme les yeux écarquillés. Manifestement troublé par son apparence peu commune (elle avait fini par prendre l’habitude d’être le sujet de regards, curieux de son physique inhabituel), cet homme ne se gênait pas non plus pour se moquer d’elle ouvertement.

-         Et vous monsieur ? Est-ce le soleil qui vous a donner des hallucinations ou êtes-vous naturellement stupide ?

A la surprise d’Edelweiss, le musicien afficha à nouveau un sourire moqueur.  « Les femmes qui ont du répondant sont toujours celles qui m’amusent le plus » pensa t-il avant de ce souvenir d’autre chose.

-         Le seigneur Moon Sokusaï vous invite à venir voir en haut, il dit que la vue y est superbe.

Alors que tout son esprit lui ordonnait de décliner l’invitation. Elle répondit avec la politesse affectée que lui avait enseignée Onève.

-         Ce serait avec plaisir, je monte immédiatement.

Le jeune homme prit son grand sitar sous le bras et s’éloigna vers un petit sentier qui s’enfonçait dans les bois.

-         Bon et bien je vais vous laisser. A une prochaine fois splendide étrangeté des forêts !

Seule avec lui... c’était exactement la situation qu’elle redoutait, être seule en présence de cet homme dangereux... Elle gravit lentement la colline. Elle s’approcha à quelques mètres de lui et s’apprêta à s’agenouiller lorsqu’il l’interpella en cadois :

-         Ne perdez pas votre temps en protocole hiérarchique et venez plutôt me rejoindre.

Il lui fit signe et elle s’assit à ses côtés. Cela faisait plus de deux ans et demi qu’elle ne l’avait pas revu. Leur dernière rencontre remontait au jour des funérailles de sa mère. A cette époque elle ne parlait pas un mot d’ibrisme…Son cœur eu un pincement atroce et elle chassa immédiatement tous les souvenirs qui remontaient à ce jour maudis. 

-         Que faite vous ici ? Demanda t-elle en ibrisme pour clairement lui faire comprendre que le cadois était une langue qu’elle s’efforçait d’oublier.

-         C’est plutôt à moi de vous retourner cette question vous êtes sur mes terres, noble demoiselle.



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Le début de la campagne militaire


Hédopian pénétra dans son cabinet privé Palais des Songes un peu soucieux. La question anodine d’Ishtasma avait réveillé en lui de vieux démons. La situation dans le Nord Ouest ne s’était pas du tout arrangée depuis quelques jours, elle s’était même aggravée. Des tribus pourtant rivales depuis des siècles avaient commencé à s’allier et saccager les greniers à blé impériaux des grandes villes. Il en était presque certain à présent, il allait falloir qu'il se déplace lui-même sur le champ de bataille. C’était son devoir en tant que souverain de défendre ses peuples contre la menace ennemie... on lui avait répété et répété cela depuis sa petite enfance. Oui mais il se trouvait qu’Hédopian à dix neuf ans n’avait encore jamais mis les pieds hors de la Cité. Il ignorait tout de son immense Empire. Ou du moins, il le connaissait à travers les somptueuses fresques qui ornaient ses appartements, les récits littéraires de voyages qu’il lisait quand il avait le temps ou encore il essayait de se l’imaginer à travers les paroles des dignitaires revenus d’une mission au fin fond de la province. Longtemps, pourtant il avait espéré pouvoir voir le monde rien qu’une fois même si cela devait passer par la guerre mais à présent que l’instant approchait, il n’était plus si sûr de lui, il en regrettait presque son souhait.

-         Sa Perfection, votre mère la Vénérable désire s’entretenir avec vous Divin Prince, déclara, le front au sol un serviteur.

Hédopian soupira. C’était la dernière personne qu’il avait envie de voir en ce moment.

-         Faites-la entrer, dit-il.

Quelque instant plus tard, une grande dame au port altier et aux traits sans âge s’inclina devant son propre fils avant de s’installa en face de son bureau.

-         Est-ce moi qui me fais des idées où j’ai l’impression que mon fils cherche à m’éviter depuis quelques jours ? Attaqua t-elle immédiatement sans se soucier des échanges de politesses qui précède toujours avant une conversation.

-         Je ne crois pas ma mère, répondit Hédopian en essayant de garder contenance devant cette femme intimidante. Nous avons seulement des emplois du temps divergeant...

-         Ah oui ! Parlons-en de votre emploi du temps. Il semble que vous passée depuis quelques jours plus de temps à errer dans les couloirs du Harem que dans ceux du gouvernement. Auriez-vous oubliez vos devoirs ? Dois-je vous rappeler qu’une guerre se prépare pendant que vous passez du bon temps dans les bras de vos concubines ?

La reine mère ne regardait jamais en face la personne à qui elle s’adressait. Elle avait cette étrange posture avec le corps de face et la tête tournée de trois quarts, ses deux yeux regardant de côté. Mais le flot de cheveux noirs cachant toute sa joue gauche ne permettait à son interlocuteur que de voir son profil droit au nez aquilin qu’elle avait transmis à sa descendance ainsi qu’un unique œil perçant comme celui d’un faucon.

-         Chère et tendre mère, si vous avez fait tout ce chemin seulement pour me réprimer alors, il était inutile de vous déplacer pour si peu. Lui dit-il avec insouciance tout en évitant cet œil acéré qui ne le quittait pas. 

-         Il y a aussi autre chose. Je voulais m’assurer personnellement que vous participerez bien à la campagne militaire.

-         Evidemment ! Dans mes veines coulent le sang de l’empereur guerrier Kessem, il bouillonne en moi et m’ordonne de me battre.

-         Je l’espère bien, dit-elle en se relevant. Si vous reveniez victorieux, le peuple vous acclamerait et votre gloire serait immense. Et avoir le peuple de son côté est un soutien non négligeable.

Elle s’inclina à nouveau et sortit du cabinet privé, satisfaite de son entretien. En la regardant sortir, Hédopian se demandai amèrement si cette mère inflexible n’éprouvait pas plus d’amour pour le pouvoir que pour lui.

 

Quand la guerre fut déclarait, la vie quotidienne à la Cour n’en fut point bouleversée à part peut-être qu’il fut possible de voir beaucoup plus de fiers guerriers défiler sur la Place Rouge. Et du balcon de la résidence d’Onève, la vue sur ces préparatifs militaires étaient imprenable. Edelweiss chaque matin, observait avec beaucoup d’intérêt l’impressionnant armure en métal rouge ocre des guerriers et le bandeau blanc qu’ils ceignaient au front afin de souligner leur soumission à l’empereur. Ils avaient également de  grandes bottes montantes jusqu’à mi-cuisse au-dessus d’un pantalon de couleur clair. Les plus haut-gradés ne portaient pas l’armure à l’intérieur de la Cité (ce qui était assez incommode pour se déplacer) et le remplaçait par un long uniforme rouge au large manche blanche.

-         Ishtasma.

Edelweiss se retourna quand elle vit Onève juste derrière elle.

-         Ils sont beaux, n’est pas ?

-         Je ne sais pas. A cette distance, c’est difficile de juger.

-         Moi je te dis que certains sont très beaux, dit Onève en se mordillant la lèvre. Dommage qu’ils reviennent toujours défigurés par la guerre.

-         Comment pouvez-vous le savoir ? Les avez-vous déjà vu de près ?

-         Pas tous évidemment, seulement ceux qui font partis de la garde rapproché de l’empereur. Certains viennent de revenir du front. Je les ai vus au Palais des Songes quand l’empereur a donné une fête en leur honneur.

-         Vous avez été au palais des Songes ?

-         Bien sûr, souviens-toi que j’ai été première Imane il y a trois ans !

Edelweiss regarda sa Grande Sœur, impressionnée. Le palais des Songes était à la Cité ce qu’était le tombeau du Christ à l’Eglise.  Ces multiples complexes d’appartements, d’un luxe sans égal, constituaient les appartements très privés du souverain. L’accès y était pratiquement interdite à tous courtisans et même la reine Mère devait demander à y être reçu avant d’y pénétrer. Dans ce palais dit-on, le souverain cessait d’être un dieu et apparaissait comme un homme. Il y recevait ses amis les plus intimes lors de banquets et souvent la première et la seconde Imane y étaient invitées accompagnées de leur kamkamsatti et de danseuses pour divertir la soirée.

-         Et je suis presque sûr d’y être invité à nouveau dans peu de temps. L’empereur  part en campagne dans trois jours, il veut une fête inoubliable... au cas où il ne reviendrait pas.

-         Vous n’êtes pas sérieuse ! S’écria Edelweiss. Je suis sûr qu’il reviendra, il n’y a pas de raison.

-         Probable. Moi, tout ce que je souhaite c’est que l’enfant qu’il m’a fait avant de partir soit un fils.

-         Imane Onève ! Vous ne m’aviez pas dit que vous étiez enceinte ! Toutes mes félicitations.

-         Ne me félicite pas encore. Attend de savoir si c’est un garçon.

-         Mais une fille c’est bien...

-         ...Un garçon c’est mieux ! J’ai déjà eu une autre fille qui est morte en bas âge, je veux absolument que celui-ci soit un garçon. La seule chose qui me rassure c’est qu’au cas ou l’empereur ne revient pas vivant, ni moi, ni les autres Imanes, ni encore ses autres concubines ne lui ont encore fait de fils. Je crois qu’il a déjà treize filles et pas un seul héritier mâle cela doit être humiliant pour lui !

-         Dites-moi Grande Sœur, j’ai remarqué que vous ne parliez pratiquement jamais des autres Imanes.

-         Oui c’est juste. Pour être sincère, j’ignore même le nom de certaines ! Tu sais, Ishtasma, c’est comme dans une course de char. Tu as déjà vu une course de chevaux ?

-         Euh... oui, mais il y a très longtemps.

-         Avant le départ de la course, les quatre concurrents sont chacun dans leur écurie, stressés et sous tension. Mais aucun n’adresse la parole, aucun ne cherche à soutenir l’autre ou à lui demander un coup de main. Chacun se concentre sur la ligne d’arrivé et à rien d’autre, tu comprends ?

-         Oui, Imane Onève.

Dès le lendemain, Onève et sa suite furent conviées aux festivités que donnait le divin prince pour son départ. L’étiquette voulant que les femmes ne montrent pas leur visage aux hommes, elles furent placées derrière un paravent où elles pouvaient épier et parler aux hommes tandis que ces derniers ne pouvaient que deviner leur silhouette derrière leur ombre. Pour les Imanes, l’étiquette était plus rigide encore. Elles devaient se couvrirent entièrement leur corps sous un voile d’où n’était visible que leurs yeux. Mais Onève n’était pas déranger par cette règle, elle parlait librement avec d’autres hommes derrière le paravent. La fête battait son plein et les musiciens entamaient des mélodies de plus en plus rythme tandis que les danseuses exécutaient des mouvements de plus en plus lascives  et aguicheurs.

Malgré cette animation, Edelweiss, une fois de plus s’ennuyait. Les fêtes mondaines n’étaient décidément pas son genre. Un peu plus tôt pourtant, Onève lui avait montrait un à un tout les grands de cet Empire, tout ceux qui tenaient les rênes du pouvoir. Ils y avaient beaucoup d’hommes, riches, vieux, laids, jeunes ect... et puis il y avait une seule femme, à l’écart des autres, le visage découvert : La reine mère Trixie. Non seulement elle était la seule à pouvoir diriger le Harem, mais elle l’on disait également qu’elle était les oreilles de l’empereur et son plus proche conseil. Beaucoup de rumeurs couraient sur elle, mais personne ne pouvait dire qu’elle n’était pas une femme redoutable. Pour mettre son fils sur le trône, elle n’avait reculé devant rien, pas même à sacrifier sa propre chair... Elle avait détruit, depuis le premier jour où elle était elle-même entré au Harem comme simple kemptas, toutes ses potentielles rivales et une fois sur le trône de la régence à la minorité de son fils, elle avait anéanti systématiquement avec une rare cruauté, tous ceux qui s’opposaient à elle. Non, Trixie n’avait peur de rien. Elle avait élevé le rôle des Reines Mère bien au-delà de ses précédentes. Et elle comptait bien garder encore le contrôle qu’elle avait eu jusqu’à présent sur l’Empire.

Edelweiss observa ce profil d’aigle avec un mélange de crainte et de curiosité lorsque que l’unique œil visible se posa sur elle. Alors, elle baissa les siens et regarda dans une autre direction.

-         Tu peux rentrer si tu veux, Ishtasma, ma litière est à l’entrée. Moi je crois que je vais rester dormir chez l’empereur, lui annonça un peu plus tard Onève qui semblait être dans son élément au milieu des festivités comme un poisson dans l’eau.

Edelweiss ne se fit pas prier deux fois et traversa le dédale de pièce du Palais jusqu’à se retrouver dans l’un des couloirs qui traversait les jardins jusqu’au bâtiment annexe. En avançant d’un pas rapide sur le parquet grinçant au beau milieu de la nuit, Edelweiss fut surprise de tomber sur un courtisan. C’était la première fois qu’elle voyait un homme autre que l’empereur d’aussi près depuis deux ans et demi et instinctivement elle cacha son visage sous son chaïma. Elle passa devant lui et remarqua à quel point il était grand, très grand ! Presque six pieds (environ un mètre quatre-vingt quinze). Peut-être était-ce du au faîte qu’elle n’avait plus vu d’homme depuis longtemps mais dès le premier regard, elle lui trouva un corps absolument parfait. Son visage était agréable, les pommettes saillantes, les yeux en amandes tirés vers les tempes, le teint à peine hâlé. Ses cheveux noirs et luisants, au reflet bleu était tressé en plusieurs petites nattes nouées en catogan au milieu du dos. En voyant cette coiffure traditionnelle, elle comprit tout de suite que ce courtisan était en réalité un guerrier. Ce qui expliqua également sa carrure impressionnante, ses épaules larges, son cou de taureau, et son corps athlétique. En se croisant dans ce couloir, ces deux jeunes gens se sourirent par courtoisie. Edelweiss aurait sans doute succomber à cet homme, mais le destin est capricieux et il n’en fait qu’à sa tête. Comment  Edelweiss aurait-elle pu se douter une seule seconde qu’elle ne reverrait plus jamais ce guerrier de cette façon, qu’ils ne se souriraient plus jamais innocemment mais qu’ils seraient confrontés dans un futur lointain l’un à l’autre sans même le savoir.

 

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La bonne éducation

Imane Onève dépensait énormément pour former sa toute jeune suiveuse. Elle lui apprit à se vêtir comme une femme, c’est à dire à se mouvoir avec grâce dans un chaïma. Elle lui montra comment harmoniser les bonnes couleurs afin de faire ressortir ses yeux et sa chevelure fauve qui constituaient ses atouts naturels. Puis Onève corrigea sévèrement sa kamkamsatti lorsqu’elle se laissait aller. Elle lui enseigna l’étiquette et la bienveillance qu’il fallait impérativement suivre à la Cour. Et rien n’était laissé au hasard, jusqu’à la manière de tenir un livre, de marcher, de sourire, de s’adresser à un supérieur hiérarchique. Mais le plus difficile pour Edelweiss était d’avoir le contrôle de ce qu’Onève nommait le Sheghem. C’est à dire l’ensemble des émotions, des états d’âmes, des troubles visibles sur le visage. Mais pour un tempérament extraverti comme celui d’Edelweiss, la maîtrise du Sheghem se révélait aussi ardue que l’apprentissage de l’alphabet à un âne.

-         Ne souri pas Ishtasma. Et regarde-toi dans la glace, Lui répétait sans cesse Onève. Ton visage doit paraître aussi limpide que le reflet d’un miroir. Aucune émotion ne doit troubler l’équilibre tranquille de tes traits. Apprendre à maîtriser son Sheghem requiert patience et concentration...

Mais à chaque fois qu’elle tentait, seule devant une glace, de paraître parfaitement neutre. Le souvenir du prince Sokusaï venait la hanter. Jamais de sa vie elle n’avait faire la rencontre de quelqu’un de plus inexpressive. Même son sourire pourtant ravissant, lui semblait glaciale tant il était de circonstance et peu naturel. Le prince Sokusaï lui faisait pensait à ces acteurs de théâtre portant des masques qu’ils enlevaient au fur et à mesure sans jamais dévoiler leur vrai visage. Et puis il y avait aussi sa voix, très posée... très douce... jamais un mot au-dessus de l’autre...

-         Ishtasma ? Saurais-tu assez adorable pour servir du thé à moi et à notre divin Prince ? Demanda gentiment la voix d’Onève à l’autre bout de la maison.

-         J’arrive tout de suite, Grande Sœur !

Edelweiss rangea le miroir portatif qu’elle avait ouvert et sortis de sa chambre rejoindre les cuisines préparer un thé, très fort, puisque c’était ainsi que l’empereur l’aimait.

Depuis qu’Edelweiss avait emménagé avec sa servante Victorine dans les appartements d’Onève, les visites coutumières de l’empereur avaient cessé. Pour apercevoir Edelweiss, Hédopian était donc obligé de rendre plus souvent visite à sa maîtresse, qui mettait évidemment en œuvre  tous les moyens pour lui faire oublier la raison première de sa visite au profit d’elle-même...

-         Tu es décidément une femme très maligne. Déclara Hédopian en se levant du lit de sa maîtresse.

-         Pourquoi dis-tu cela ? Dit-elle d’une voix innocente.

Elle sortit à son tour de sous les draps et tendis à l’empereur sa tunique.

-         Ne joue pas à celle qui ne comprend pas. Tu es plus intelligente que tu ne le laisse croire. Et j’aimerais bien savoir quels petits tours es-tu en train de mijoter.

-         Moi ?  Faire des cachotteries au dieu vivant ?

Elle se leva, pris un ruban noir et noua elle-même les cheveux lâchés de l’empereur en queue de cheval.

-         Non vraiment je n’oserais pas,  lui susurra t-elle au creux de la nuque.

-         Puisque que tu ne veux rien me dire... Allons boire un thé ! Je meurs de soif !

Il se détacha soudainement de l’étreinte de sa maîtresse. Il ouvrit grand la porte à double battant de la chambre d’Onève avant de se retourner en souriant.

-         Habilles-toi Onève, tu ne va tout de même pas rester dans cette tenue toute l’après-midi !

Il se mit à rire en refermant les portes derrière lui. Hédopian descendit les marches de la résidence en chantonnant, et se rendit dans le petit salon de thé. Une longue table basse avait été installée où reposait une vingtaine de sortes de gâteaux sucrés différents.

-         Encore des gourmandises... Un jour elle va finir par m’étouffer avec ses sucreries... pensa t-il tout haut.

- Avalez-en au moins un pour lui faire plaisir, elle s’est donnée du mal pour tout préparer...

-         Ishtasma ! Quel plaisir de te revoir !

-         Ne dîtes pas n’importe quoi vous êtes passé hier et aussi avant hier...en faite vous venez presque tout les jours et je me demande quand est-ce que vous vous occupez des affaires de l’état ?

-         Tu te fais faîte du souci pour l’Empire ? C’est vraiment charmant. N’ait pas d’inquiétude, tout est entre de bonne main.

-         Si vous le dîtes... Du thé ?

-         Avec plaisir.

Hédopian s’assit en tailleur et admira avec étonnement la manière gracieuse avec laquelle, Edelweiss le servait.  Elle prit la théière délicatement entre ses petites mains pâles et tout en versant le liquide, révéla furtivement l’intérieur de son poignet. Cela n’aurait pas pu être possible deux ans auparavant. Car deux ans déjà c’était écoulé depuis qu’Edelweiss avait emménagé chez sa seconde Imane Onève. Et Hédopian, médusé, ne pouvait que constater que cette petite fille devenait de jour en jour une femme distinguée.

-         Avez-vous bien dormi ?

-         Comment ?

Hédopian sorti de sa contemplation et revint à la réalité.

-         Dormir ? Répéta t-il en riant. Non je n’en ai pas eu le temps...

-         ...Parce que j’ai tous fais pour l’en empêcher, termina Onève en entrant dans la pièce. Ishtasma, ma chère Petite Sœur, c’est très gentil à toi d’avoir servi le thé. Tu peux retourner à tes activités.

-         Onève ! S’écria Hédopian. Est-ce une manière d’agir avec ta kamkamsatti ? Elle a pris la peine de nous faire un thé délicieux et toi tu la congédie comme une vulgaire mamchie. Reste Ishtasma, je veux que tu participe à notre conversation.

Edelweiss regarda Onève et l’empereur et se demanda à qui elle devait obéir.

-         Je ne veux pas vous déranger, et puis j’ai plein de choses qui m’attendent...

-         Reste, parce que je le veux, ordonna t-il d’une voix sans appel.

Edelweiss s’assit dans un coin de la table en essayant de se faire la plus discrète possible. Elle jeta discrètement un regard à sa Grand Sœur qui visiblement contrariée, affichait un sourire forcé.

-         Mon prince divin, j’ai entendu dire qu’il y avait de l’agitation à la frontière Nord Ouest...

-         Oh, ce n’est pas grand chose, une petite rébellion des chefs tribaux comme tous les deux ans environ. Rien de bien dangereux. Il suffit d’envoyer un petit bataillon de l’armé impérial pour calmer les esprits échauffés. Vous n’avez rien à craindre ma chère Onève.

-         Mais je n’inquiétais pas, je voulais me tenir au courant...

Les petites rébellions des chefs tribaux comme le disait lui-même l’empereur était très fréquent dans l’Empire. Si fréquent que plus personne et surtout pas les milliers d’hommes et femmes privilégiées de la Cité ne prenaient ces menaces externes au sérieux. Cela était même rentré dans les mœurs. Environ tous les quatre ans, l’empereur partait en campagne militaire pour conquérir de nouveau territoire ou assagir des régions rebelles. La campagne durait environ quatre mois puis l’empereur retournait triomphant de gloire dans sa Cité et c’était une occasion nouvelle de rappeler par des gigantesques parades militaires et des fêtes fantastiques, à ceux qui ne le savaient pas encore que l’empereur est le dieu incarné et qu’il est immortel. Au final, peu de gens dans la Cité à part peut-être le ministre de la guerre ne savait exactement pourquoi une guerre avait été déclarée, mais peu également s’en souciait... Les préoccupations d’une vie dorée et hermétique avaient pris le pas sur la réalité du vrai monde.

-         N’est-ce pas la troisième fois en un an que vous envoyée votre armée dans le Nord Ouest ? Et par trois fois vous les avez écrasés, n’est pas ? Qu’est-ce qui peut bien pousser des hommes à se rebeller contre votre autorité sachant d’avance que leurs efforts seront vains ? Remarqua Edelweiss.

Hédopian considéra la jeune fille en souriant. Sa question un peu naïve était pertinente mais elle était le fruit d’une ignorance du fonctionnement du monde des hommes. Et s’était mieux ainsi, pensa l’empereur. Moins les femmes prendraient-elles conscience du monde qui les entourent moins elles souffriraient.

-         Que veux-tu, certaines personnes sont têtues. On ne peut rien n’y faire. Répondit laconiquement Hédopian.

Edelweiss ne se sentit pas satisfaite de la réponse mais devant le regard insistant d’Onève elle garda le silence.

Plus tard dans la soirée, quand l’empereur était déjà parti depuis bien longtemps du Harem, Onève interpella sa Petite Sœur en ces mots :

-         Chère Ishtasma, il faut que tu retiennes que les hommes détestent parler politique avec une femme et encore moins avec une jeune femme.

-         Mais, Grande Sœur, se défendit Edelweiss. C’est vous-même qui aviez lancé la discussion sur le sujet...

-         Je n’ai pas lancé la discussion. Coupa Onève. J’ai suggéré une hypothèse dont je n’étais pas certaine, c’est toute la nuance. Ici les hommes pensent que les femmes ont une intelligence limitée qui ne leur permettent pas d’aborder des problèmes aussi complexe que les conflits politiques qui  de toute manière est une affaire hommes. S’ils pensent que nous sommes faibles d’esprits, va dans leur sens. Joue la comédie, parodie la naïveté, au mieux flatte leur ego. Moins ils en sauront sur nous, mieux nous pourrons les contrôler, et mieux nous pourrons les manipuler afin qu’ils aillent dans la direction qu’ils pensent avoir choisi de leur plein gré.

Puis l’Imane mangea un petit gâteau au miel fourré aux amandes et tendis le plateau à Edelweiss.

-         Prends-en plusieurs, je désespère de te voir si mince. Personne n’aime les femmes aux côtes saillantes.

-         Je n’ai pas les côtes saillantes ! S’écria Edelweiss.

-         Je disais ça pour te taquiner, lui dit Onève. Mais néanmoins, mange un peu plus, un peu de kilo ne te ferait pas de mal.

 

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publié dans : Prélude du Chaos :Mon roman
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Petite sélection de mes Lives préférés du groupe the GazettE qui, je ne le répèterais jamais assez, est incroyable sur scène ! De toute façon je trouve que leurs musiques sont parfaitement calibrées pour le live et souvent certain morceau comme Social riot machine sont plus agréable à écouté en live qu'en CD.

Barette pour les solos de chacun des membres du groupe




Taion, pour l'interprétation dramatique de Ruki (le chanteur)



Hyena toujours très dynamique en live je trouve.


Social riot machine au accent assez néo-metal mais j'aime bien




Chiruzu, pour cette atmosphère lourde et pesante que dégage le morceau et puis encore parceque Ruki a une voix sublime


Bon et bien pour finir comme ils le disent eux-même : GAZEROCK IS NOT DEAD !


publié dans : Clips musicaux communauté : La communauté japoniaise !!!!
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