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début de l'histoire : chapitre 1
début chapitre 2
début chapitre 3

Le temps passait dans la Cité, mais il passait avec une lenteur incroyable. Depuis que l’empereur était parti en compagne militaire durant le printemps, la Cour s’était laissée engourdir dans la pesanteur d’un ennui ambiant. Sans souverain, la Reine Mère avait reprit la gestion de la totalité de la ville. A l’inverse du caractère enjoué et fougueux du jeune empereur, Trixie avait enveloppé la Cour d’un doux voile d’austérité et de grisaille. Pour fuir cette ambiance pesante, beaucoup de courtisan avait préféré partir à la campagne en attendant le retour du divin prince. Onève non plus n’échappa pas à la tendance, elle décida de finir sa grossesse presque à terme dans sa résidence secondaire à l’Ouest de la Cité.
- Mais je croyais que les femmes ne pouvaient pas sortir du Harem ? Demanda Edelweiss étonnée lorsqu’elle posa les pieds dans cette petite maison traditionnelle, entourée par les champs.
- Elles ne peuvent pas. Le Harem est un concept, petite sœur. Regarde autour de toi, il y a une cinquantaine d’eunuques ici uniquement dévoué à me protéger des regards indiscrets et bien sûr à surveiller ma vertu. Il ne faudrait tout de même pas que la maîtresse du plus grand souverain du monde aille voir ailleurs avec un vulgaire paysan du coin ! Dit-elle en éclatant de rire. Nous sommes toujours au Harem. Rien n’a changé les règles sont toujours les mêmes. Et si je m’écarte du règlement, je devrais rendre des comptes à la Vénérable et je ne tiens pas à être mis en présence de son œil de vautour ! Penses-tu qu’elle soit borgne ? C’est vrai après tout, elle ne présente toujours que la même partie de son visage...
Onève éclata de rire à nouveau. Manifestement les règles étaient toujours identiques mais tout de même, les langues étaient un peu plus déliées. Elle n’aurait jamais osé proférer ces mêmes paroles dans la Cité sur la reine mère.
Trois jours à peine après son arrivé à la campagne, Onève donna naissance à... Une fille. La déception était perceptible sur tous les visages de sa suite personnelle et personne n’osaient trop féliciter l’Imane qui sembla broyer du noir pendant quelque temps. Edelweiss chercha à s’échapper de cette atmosphère en parcourant à cheval les chemins environnant, tout en faisant attention à toujours être dans l’angle de vue d’un eunuque. Mais bientôt, tous les chemins boisés lui semblait connu, elle entreprit alors d’en trouvait de nouveaux, mais la surveillance oppressante des eunuques ne lui permettait pas de tel écart. Pourtant elle remarqua un jour dans les hautes herbes un cours d’eau longeant la maison. Elle suivit le cours jusqu’à un certain point où les eunuques rappelèrent à l’ordre la jeune fille. « Je sais pourquoi ils me surveillent, c’est parce qu’ils m’ont vu prendre une monture à l’écurie. Si je m’arrangeais pour qu’ils croient que je me trouve encore à l’intérieur de la maison, j’aurais le champ libre ». Edelweiss fut aidé dans son projet d’escapade par un facteur météorologique. La saison chaude débuta et avec elle ses terribles vagues de chaleur. Il était impensable pour qui que se soit d’envisager de sortir sous un soleil de plomb entre midi et le début de soirée, oui, mais pas pour Edelweiss. Elle s’était sentie tellement enfermée dans les hauts murs du Harem qu’elle n’allait surtout pas perdre cette occasion unique de pouvoir chevaucher en solitaire les campagnes de l’Empire. « Juste deux heures pas plus et ensuite je rentre » se dit-elle tout en se glissant silencieusement de sa chambre pendant que tout le monde faisait la sieste. Arrivée aux écuries, elle détacha le plus discrètement possible la bride d’un cheval à la robe noir qu’elle avait baptisé Feu Joyeux. La cavalière dû poser sa main sur son mufle pour l’empêcher de hennir. Ensemble, ils traversèrent la cour intérieure sans se faire remarquer et descendirent jusqu’au bord du cours d’eau. Elle suivit le sens du courant jusqu’à être certaine d’être à bonne distance de la maison, puis elle grimpa sur sa monture et partit au galop dans une course folle tout en savourant son plaisir d’avoir déjoué si facilement la surveillance intransigeante des gardiens du Harem.
Autour d’elle ce n’était que hautes herbes sèches à perte de vue dans un silence seulement brisé par le chant des criquets.
- Nous allons faire une pause, dit-elle à sa monture au bout d’un moment.
Elle s’assit au bord du ruisseau qu’elle n’avait pas quitté pour se rafraîchir. Au-dessus d’elle le disque solaire était au zénith et au picotement qu’elle ressentait sur les épaules, il tapait extrêmement fort. Elle se mit debout sur la selle de Feu Joyeux pour tenter de trouver un point d’ombre quant elle remarqua que le ruisseau continuait sa course sous le couvert d’un bois un peu plus loin au sud. « Je vais jusqu’à là-bas pour me détendre et ensuite je fais demi-tour en suivant le ruisseau à contre sens » se dit-elle.
Edelweiss savait à peu près depuis combien de temps elle avait quitté la maison de campagne, mais en revanche, elle perdit toute notion du temps lorsqu’elle pénétra dans ce bois constitué de gigantesque séquoia et au sol jonché d’épine. C’était comme si elle avait pénétrait dans un autre monde où la norme n’existait pas. Et plus elle avançait plus le cours d’eau grossissait jusqu’à atteindre la taille d’une rivière. Soudain dans le lointain, elle entendit un grondement sourd continue, et en remarquant les rayons du soleil percer brutalement l’épaisse forêt, elle comprit qu’elle approchait d’une chute d’eau. Elle accéléra l’allure de son cheval et s’arrêta au bon moment au bord d’une falaise de près quatre-vingt pieds de haut (environ vingt cinq mètres et demi)d’où la rivière se jeter dans un grand lac. Si large qu’elle n’en apercevait même pas l’autre rive !
Elle attacha Feu Joyeux à un tout jeune séquoia mesurant modestement quinze pieds de haut (environ cinq mètres sachant que la taille d’un séquoia adulte et d’environ cent dix mètres) et longea à pied les bords de la falaise qui descendait en pente douce au fur et à mesure qu’elle parcourait le contour du lac. Elle contempla longtemps cette eau limpide au reflet gris sillonnée par les rides tranquilles des vagues. Le ciel, lui aussi parfait, était parsemé de légers nuages immobiles qui semblaient avoir étaient tracés à la craie. Elle aurait pu continuer à méditer longtemps sur la beauté du paysage quand son attention fut captivait par le son d’un sitar. En écoutant attentivement, elle réalisa qu’elle ne rêvait pas et que quelque part quelqu’un jouait bien du sitar. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour localiser à l’oreille l’origine de cette musique. En marchant un peu, elle aperçut enfin deux personnes, dos à elle, assis au sommet d’une colline. L’un d’eux aux cheveux bouclés était le joueur de sitar tandis que l’autre... elle hésitait encore. À cette distance elle ne put distinguer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme tant la longueur démesurée de ses cheveux bruns s’étalait librement autour de lui. Mais sa riche tunique vert pastel cousu d’arabesque de fleurs de cerisier laissait penser qu’il était d’un niveau social supérieur au musicien.
Elle allait passer son chemin sans déranger ces deux étrangers quand elle eut la maladresse de marcher sur une branche morte qui se brisa avec fracas. Les deux étrangers se retournèrent en même temps dans sa direction. Une joie immense emplit Edelweiss quand elle reconnut celui à la tunique verte.
- Hédopian ! S’exclama t-elle sans même réfléchir.
Les deux étrangers restent un instant interdit jusqu’à ce que le musicien aux cheveux bouclés mette la main devant sa bouche pour étouffer un rire moqueur. Alors en quelques secondes Edelweiss se rendit compte de sa monumentale erreur. Tout d’abord Hédopian coupait ses cheveux au niveau des épaules et puis tout simplement Hédopian ne pouvait pas ce trouver ici à cet instant mais au fin fond de la frontière Ouest en plein milieu d’un conflit militaire. « Tous les hommes de la terre mais pas lui... » supplia t-elle intérieurement. Puis, le musicien dévala la colline et se planta devant la jeune fille.
- Ce n’est pas souvent que l’on voit de jolie femme sortir des bois de cette manière ! êtes-vous une elfe ou encore une autre créature étrange de la sorte ?
Elle fixa le jeune homme les yeux écarquillés. Manifestement troublé par son apparence peu commune (elle avait fini par prendre l’habitude d’être le sujet de regards, curieux de son physique inhabituel), cet homme ne se gênait pas non plus pour se moquer d’elle ouvertement.
- Et vous monsieur ? Est-ce le soleil qui vous a donner des hallucinations ou êtes-vous naturellement stupide ?
A la surprise d’Edelweiss, le musicien afficha à nouveau un sourire moqueur. « Les femmes qui ont du répondant sont toujours celles qui m’amusent le plus » pensa t-il avant de ce souvenir d’autre chose.
- Le seigneur Moon Sokusaï vous invite à venir voir en haut, il dit que la vue y est superbe.
Alors que tout son esprit lui ordonnait de décliner l’invitation. Elle répondit avec la politesse affectée que lui avait enseignée Onève.
- Ce serait avec plaisir, je monte immédiatement.
Le jeune homme prit son grand sitar sous le bras et s’éloigna vers un petit sentier qui s’enfonçait dans les bois.
- Bon et bien je vais vous laisser. A une prochaine fois splendide étrangeté des forêts !
Seule avec lui... c’était exactement la situation qu’elle redoutait, être seule en présence de cet homme dangereux... Elle gravit lentement la colline. Elle s’approcha à quelques mètres de lui et s’apprêta à s’agenouiller lorsqu’il l’interpella en cadois :
- Ne perdez pas votre temps en protocole hiérarchique et venez plutôt me rejoindre.
Il lui fit signe et elle s’assit à ses côtés. Cela faisait plus de deux ans et demi qu’elle ne l’avait pas revu. Leur dernière rencontre remontait au jour des funérailles de sa mère. A cette époque elle ne parlait pas un mot d’ibrisme…Son cœur eu un pincement atroce et elle chassa immédiatement tous les souvenirs qui remontaient à ce jour maudis.
- Que faite vous ici ? Demanda t-elle en ibrisme pour clairement lui faire comprendre que le cadois était une langue qu’elle s’efforçait d’oublier.
- C’est plutôt à moi de vous retourner cette question vous êtes sur mes terres, noble demoiselle.

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