Le lendemain matin, après avoir passé une nuit blanche, Jeanne se leva de bonne heure pour préparer la douzième fête d’anniversaire d’Edelweiss. Comme à l’époque où elle était chargée de l’organisation des fêtes mondaines données par la reine, Jeanne voulait que tout soit parfait. Elle avait elle-même re-disposé les meubles du salon du deuxième étage. L’empereur s’excusant de ne pouvoir y assister avait mis à la disposition de Jeanne six musiciens qui avaient appris exprès pour l’occasion des morceaux traditionnels caliciens. Elle avait jetait un coup d’œil à la cuisine où les mamchies avaient confectionné ces gâteaux très sucrés dont raffolait les safianites et d’autres plats caliciens que leur avait appris Jeanne. Puis à toute vitesse elle avait vérifié si le jardin extérieur avait bien été débroussaillé des mauvaises herbes au cas où Edelweiss et la dizaine de kemptas qu’elle avait convié, décidèrent de jouer à des jeux à l’extérieur. Jeanne avait aussi décidé de mettre en place une coutume safianite que pour une fois elle trouvait charmante. A Chaque fin de soirée les safianites lâchent de leur balcon le même nombre de colombes que le nombre d’année de celui qui fête son anniversaire. Alors les invités essayent de lire par rapport au vol des oiseux si l’année qui va suivre sera bonne ou mauvaise.
Quand le soleil fut haut dans le ciel, Edelweiss aida sa mère à confectionner des petits paniers en osier qu’elles rempliront plus tard de friandises et qu’elles donneront aux invitées en partant pour les remercier d’être venu.
- Tu devrais te reposer un peu, petite mère, lui dit affectueusement Edelweiss en terminant son troisième panier. Je peux finir le reste toute seule, va dormir un peu je te trouve toute pâle.
- Non, ça ira Edelweiss. C’est le soleil qui tape trop fort aujourd’hui, il me donne toujours des vertiges. Mais ça va passer, ne t’inquiète pas.
Et Jeanne ne mentait pas lorsqu’elle disait que le soleil tapait fort. La saison chaude était bien avancée. Elle asséchait la terre jusqu’à la rendre craquelée et poussiéreuse et faisait tomber sur toute la région, une vague de chaleur si étouffante que toute l’activité économique s’en trouvait ralentit. Les gens ne sortaient pas de chez eux avant que le soleil ne se trouve à trente degrés au-dessus de l’horizon. Ils passaient leur journée à se laisser ventiler par des plumes d’autruches tenues par des esclaves. Mais aujourd’hui les plumes d’autruches se révélèrent inutile, la température devait dépasser les cinquantes degrés et seules les caliciennes qui étaient peu habitués à ce climat commencèrent à ressentir des difficultés à respirer et à se mouvoir.
Pourtant en fin de journée malgré la canicule, la fête eut lieu et comme prévu tout fut parfait. Edelweiss eut d’innombrable cadeau, une multitude de soieries, des pièces d’or, un peigne sculpté, des fleurs rares et même des colliers en argent porte-bonheur. Pendant que sa fille s’amusait dehors à essayer son nouveau cerf-volant, Jeanne épuisée renonça à lui dire qu’avec le manque de vent, il était impossible qu’il s’envole. « Elle s’en rendra compte par elle-même » se dit-elle. Et Jeanne en nage se décida à faire une pause dans sa chambre…
- Mère ! Interpella quelque minute plus tard Edelweiss dans la maison. Vous devriez venir, nous allons bientôt lâcher les colombes, il paraît que c’est comme ça qu’ils vont lire mon avenir pour l’année prochaine. Mère ? Mère…
Edelweiss hurla en découvrant alors sa mère effondrée sur le sol de sa chambre.
- Dite le moi Seigneur Oowatie, je vous en prie ! Dîtes-moi exactement de quoi elle souffre. Supplia Edelweiss au vieux fonctionnaire.
Après qu’elle eut découvert sa mère inconsciente le soir de son anniversaire, trois guérisseurs s’étaient succédaient pendant cinq jours dans la chambre que Jeanne ne quittait plus.
- Elle est très fatiguée. Elle a besoin de dormir et de se reposer. Lui mentit Oowatie.
En regardant cette pauvre enfant malheureuse, il ne ressentait pas le courage de lui avouer que ça mère avait contracté la maladie de feu. Cette terrible maladie qui agissait surtout en été était mortelle. On ressentait de forte migraine accompagnée de bouffée de chaleur et puis un jour sans prévenir, on s’évanouissait et en général à partir de là on ne se relevait plus. La suite était pire encore puisqu’on était tourmenté par une fièvre atroce pendant une dizaine de jours avant de mourir.
Ce feu qui lui dévorait tout son corps, Jeanne le sentit pendant les fièvres délirantes qu’elle endura. Parfois, elle crut déjà être en enfer à subir les pires tortures car oui Jeanne était sûre d’avoir accompli une mauvaise action. Son devoir était de retourner en Grande-Calice la terre de ses ancêtres, mais elle s’était laissé bercer par la douceur de vivre que lui offrait la cour safianite. Elle avait pris goût à la vie oisive et avait péché par paresse. Elle revoyait dans ses délires la reine Aliénor qui lui tendait les bras, puis venait le sourire conquérant d’Arthur alors qu’il n’avait pas plus de vingt-cinq ans, elle revoyait aussi ce fier château fort calicien dominant le vignoble et la forêt environnante du comté de Jourdain. Comme elle se sentait apaisée en repensant au château de ses aïeuls !
- Petite mère vous allez mieux ? Chuchota une petite voix à son oreille.
Jeanne ouvrit les yeux et regarda en souriant Edelweiss. Comme tout lui semblait si paisible !
Edelweiss regarda les traits à peine tirés de sa mère. À quarante-trois ans, elle n’en paraissait même pas trente. Aucun filament blanc n’avait envahi ses beaux cheveux blonds étalés sur son coussin. Allongée ainsi dans son lit, elle ressemblait presque à un gisant, pensa Edelweiss. Elle épongea un peu son front lisse, la fièvre avait l’air d’avoir un peu baissé.
- Voulez-vous me faire plaisir Edelweiss ? Murmura Jeanne.
- Tout ce que vous voudrez petite mère, je suis votre humble servante.
- On m’a dit que vos amies vous avez appris à jouer du luth. Prenez celle qui se trouve là-bas contre le mur et jouez-moi quelque chose qui vous fasse plaisir.
Aussitôt, la jeune fille s’exécuta et commença par une comptine dont elle ne comprenait que la moitié des paroles et qui parlait de cerisiers. Comma sa mère souriait les yeux clos, elle joua une chanson de geste caliciennes cette fois, sur les exploits d’un chevalier contre le roi des dragons. Au bout du sixième couplet Edelweiss s’arrêta. « Je crois qu’elle s’est endormie, je vais la laisser se reposer » se dit t-elle. Elle reposa le luth et revint au chevet de sa mère pour l’embrasser sur le front quand elle remarqua quelque chose d’anormal.
Sa mère ne respirait plus.
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