Au fond d’une alcôve une fille priait. C’était Edelweiss. Elle implorait le Seigneur tout-puissant et pensait en même temps.
La journée qui s’était écoulée avait été pour elle chargé d’émotion. Lorsqu’elle avait découvert le corps inanimé de sa mère, elle avait prévenu calmement Victorine. Alors sa gouvernante avait perdu ses moyens, s’était répandu en larmes et avait couru en tout sens pour alerter un guérisseur alors qu’elle lui avait bien dit qu’il n’y avait plus rien à faire. Après, pendant plusieurs heures des femmes du harem qu’elles ne connaissaient pas étaient venues s’occuper de la toilette de la morte, l’avait paré, parfumé, habillé, et maquillé sa mère de telle façon qu’elle ressemblait véritablement à une reine. Ensuite en fin d’après-midi, un grand bûcher avait été préparé devant l’entrée du Harem, dans le grand Jardin du Printemps Immortelle. Une quantité de femmes, dont la plus part devait voir sa mère pour la première fois, c’était réunit sur la place et chanter des prières sacrées. On aperçut même les grandes Imanes aux balcons de leur magnifique Palais des Milles Senteurs, ce palais même qui surplombé le jardin de Printemps Immortelle. Edelweiss avait suivi la lente procession mortuaire qui été parti du pavillon Des Quatre Dattiers, jusqu’au grand Jardin. Alors devant toute cette foule de femmes, un eunuque l’avait soulevait du sol et l’avait placé sur une estrade à côté du bûcher ou reposé sa mère transformée en reine et entourée de toute sorte de fleurs. Ce même eunuque lui tendit une torche enflammée, et lui fit comprendre qu’elle devait allumer le bûcher funéraire. La jeune fille refusa. Elle refusa de brûler le corps si beau de sa mère. Alors l’eunuque lui empoigna le bras et malgré ses débattements, il l’a força à allumer le bûcher qui bientôt s’embrasa. Un peu plus tard dans la soirée, on lui avait offert un vase en céramique qui contenait les cendres de sa mère. Elle avait pris le vase et été retourné en courant au pavillon Des Quatre Dattiers. Là-bas elle avait fouillé dans les affaires de sa mère et avait retrouvé une autre petite boîte cylindrée qui contenait les cendres de son père. Et puis sans trop réfléchir, elle avait versé les cendres de son père dans le vase. De là quand elle fut sûre que personne ne l’observait, elle était allée seule dans le jardin intérieur enterrer le vase sous un des dattiers centenaires. Quand elle eut terminé, la nuit était déjà tombait. En rentrant, après s’être débarrassait de la terre sur ses mains, elle s’était enfermé dans une alcôve et à genou, elle avait joint ses mains en répétant l’Ave Maria jusqu’à épuisement.
Le sort semblait s’être acharné contre elle. Voici qu’à douze ans, elle avait perdu père et mère. À présent que faire d’autre sauf remettre sa vie entre les mains de Dieu. S’il lui ordonnait de quitter la Cité et de retourner en Grande Calice, elle obéirait. S’il lui ordonnait de vivre comme une mendiante dans l’Empire…elle survivrait autant que possible. Edelweiss était résignée et comprenait que sa nouvelle situation remettait tout en cause. Sans famille, sans protecteur elle n’était rien et n’avait d’autre choix que d’errer dans les rues à moins d’un miracle…
Elle entendit des bruits de pas sur le parquet. Trois ou quatre personnes peut-être, à une cinquantaine de mètre…Son miracle ? Elle n’osa ouvrir les yeux.
Sainte Marie pleine de grâces…
Une personne marchait en tête, au pied des sandales dorées. Autour de lui deux personnes. L’un avait le pas lourd et faisait tinter un sabre à ses côtés. L’autre semblait trottiner d’une démarche nerveuse. Une quatrième personne à la démarche plus aérienne suivait derrière. Comment pouvait-elle être sûre tous ses détails ? Elle n’en avait pas la moindre idée.
Vous êtes béni entre toutes les femmes…
Ils sont derrière la porte ! Quelqu’un frappe. Elle reste immobile Ils frappent à nouveau. Elle reste muette.
Et Jésus le fruit de vos entrailles et béni…
Ils entrent…
Amen.
Elle leva la tête et découvrit devant ses yeux l’empereur lui-même qui lui prenait délicatement la main et la fit se relever. À ses côtés se tenait un guerrier et un valet. Enfin en dernier, le prince Sokusaï traversa la porte.
L’empereur murmura à l’oreille d’Edelweiss des mots réconfortants qu’elle ne comprenait pas et la fit s’asseoir sur une natte. Le guerrier resta derrière la porte à faire le garde. Au signe de tête de l’empereur, Sokusaï et le valet s’assirent au sol. Le divin Prince s’installa en tailleur et après avoir bien regardait Edelweiss il se tourne vers son frère et lui parla. Sokusaï regarda alors la jeune fille et lui dit.
- En l’absence du seigneur Oowatie, parti en mission, je serais aujourd’hui votre traducteur. Notre divin Prince tenait à renouveler ses condoléances après la terrible perte que vous avez subie. Il tenait également à s’excuser de n’avoir pu se libérer plus tôt.
Elle fixa l’empereur au mépris de l’étiquette. Elle se demanda jusqu’à quel point pouvait aller sa gentillesse…Pourquoi faisait-il cela ? Pourquoi venait-il jusqu’ici se déplacer pour une orpheline étrangère ? Il devait avoir tant d’affaires politiques bien plus urgentes que de venir la voir…
- Aadalwaïss ? Avez-vous entendu ce que je vous ai dis ?
Elle se retourna vers Sokusaï. Comme elle détestait la manière dont il écorchait son prénom. Cela en devenait insupportable !
- Non je n’ai pas tout saisi, lui lança t-elle avec une agressivité qui la surpris elle-même.
- L’empereur me fait dire qu’étant conscient de votre situation il a pris une décision que vous êtes libre de refuser, répéta Sokusaï en articulant. Il vous propose de vous protéger comme un frère se doit de protéger sa petite sœur. Il vous offre la liberté de rester dans la Cité jusqu’à l’âge de raison où vous serez libre de choisir votre destinée.
Elle plongea son regard dans celui du roi des rois. Il lui permettait de rester auprès d’elle… Il la protégera comme un frère…Elle n’en croyait pas ses oreilles !
- Il vous laisse aussi le choix de…
- Je ne sais comment remercier sa Majesté de son infini gratitude…dit-elle en coupant la parole à Sokusaï et en s’inclinant profondément.
- L’empereur est heureux que vous acceptiez sa proposition et souhaite que vous appreniez au plus vite l’ibrisme enfin qu’il puisse enfin discuter avec une jeune fille ayant tant d’esprit.
- Je m’y emploierai ! J’apprendrais à le parler l’ibrisme en moins de trois mois, j’apprendrais également à le lire et à l’écrire ! J’apprendrais aussi la musique et la danse pour satisfaire sa Majesté. Je deviendrais une encyclopédie vivante si elle me le l’ordonnait !
L’empereur sourit devant l’emportement de joie d’Edelweiss qui, quelque moment plus tôt semblait au bord du désespoir, abîmée dans ses prières.
- L’empereur n’en demande pas tant, il vous souhaite juste d’essayer de grandir heureuse. Dit-il pour finir.
Les quatre hommes sortir alors du pavillon Des Quatre Dattiers et traversèrent les murs épais du Harem par une petite entrée qui donnait directement sur la place Rouge. Sokusaï qui n’en pouvait plus de se taire finit par déclarer à son frère.
- Tu es un monstre, Medra. Je ne peux pas croire que tu puisses…
En entendant son nom d’enfant que plus personne n’utilisait depuis qu’il avait été couronné empereur, Hédopian se retourna et fit un geste de silence à Sokusaï. Il s’apprêta à lui rappeler qu’il ne devait pas l’appeler comme cela quand autres choses lui vint à l’esprit et le fit rire.
- Tu es très mal placé pour me faire la morale Moon Sokusaï. Moi, au moins je n’ai jamais eu de sang sur les mains…
Sokusaï baissa les yeux devant son empereur.
- Tu as tendance à oublier qui je suis, reprit Hédopian avec mépris. Retourne dans ta province puisque tu as l’air de t’y plaire.
Sokusaï inclina la tête devant son frère et partit en lui tournant le dos. Le guerrier ayant comprit l’insulte voulut rattraper Sokusaï, sa main déjà sur le pommeau de son sabre quant il fut arrêté par l’empereur.
- Peu m’importe, tant qu’il parte…
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