Dimanche 17 août 2008
note calliopé : ça fait longtemps que je n'ai pas mis de musique...pour ce passage je n'en ai pas trouvé de bien mais j'y penserais sérieusement pour la prochaine fois.

vous êtes perdu? Pas panique !
Plan et lien détaillé : ici
début de l'histoire : chapitre 1
début chapitre 2
début chapitre 3
début chapitre 4



Une fête avec la reine


Pendant que la reine mère était plongée dans la lecture de ses correspondances, à l’autre bout de la Cité, Hédopian serrait les dents afin retenir le moindre gémissement de douleur. Le coup que lui avait porté Caranage aux côtes l’avait littéralement coupé le souffle. Quand il s’effondra au sol, deux de ses serviteurs personnels accoururent pour l’aider à se relever, il les repoussa avec violence.

-         Dégagez ! Je peux me lever tout seul !

Il se releva avec dignité non pas sans éprouver des difficultés à respirer. «  Il est vraiment très fort, songea t-il. Deux coups lui ont suffit à me mettre à terre. » Pendant qu’il épousseta la terre sur sa tunique, Caranage l’observa à l’autre bout du dôme d’entraînement militaire. « J’y suis peut-être allé un peu fort ce coup-ci » se dit-il en prenant appuis sur son bâton de six pieds mesurant la même taille que lui.

-         Voulez-vous vous arrêtez là, Majesté ? Demanda t-il tout en se disant avec inquiétude qu’il avait sûrement dû lui briser une côte.

-         Non. Répondit Hédopian en ayant déjà repris une position d’attaque.

Caranage soupira en lui-même et entra à nouveau dans une lutte aux bâtons avec l’empereur.

C’était la nouvelle lubie de ce dernier. Depuis peu, Hédopian avait décidé de reprendre plus sérieusement son entraînement physique qu’il avait ces derniers temps un peu abandonnés pour d’autres occupations. Et son laisser-aller avait bien faillit lui coûter la vie pendant la campagne militaire de l’Est il y a peu. Ayant négligé de pratiquer son sabre avant de partir au front il s’était honteusement fait prendre dans un guet-apens par ses ennemis qui l’avait séparé de sa garde personnelle. Seul, il n’aurait jamais pu s’en sortir et il ne devait son salut qu’à l’intervention courageuse de Caranage et ses hommes qui l’avaient défendu aux prix de leur vie.

Sans surprise c’était par son favori du moment, le nouveau grand secrétaire de l’assemblée qu’il avait demandé à être entraîné. Cet homme lui avait sauvé la vie et de plus possédé une sérieuse éducation guerrière. Caranage de son côté, bien qu’honoré par cette demande ne savait pas trop comment s’y prendre. Entraîner de nouvelle recrue pour l’armée, ça, il l’avait déjà fait, mais il était évident qu’il ne pouvait pas user des même méthodes avec un homme quelconque et le maître tout puissant de l’Empire. Il était impensable de vouloir apprendre la discipline à l’empereur. Or pour Caranage s’était la seule méthode qui permettait d’apprendre rapidement et proprement. Non, il ne pouvait donner d’ordres à l’empereur, c’était plutôt l’inverse qui se produisait souvent. Hédopian appelait son courtisan à n’importe quelles heures du jour et de la nuit, et bien évidemment Caranage se devait d’être disponible et agréable à n’importe quelles occasions. Et puis, conséquence de la basse flatterie de ses anciens maîtres d’armes qui voulait préserver leur privilège auprès du prince divin, Hédopian était peu enclin à l’effort et doublé d’un orgueil démesuré.

-         Je crois que ça suffira pour aujourd’hui Majesté, Voilà trois heures que nous travaillons, continuer davantage ne vous apporteras rien. Nous reprendrons demain matin si vous le voulez bien. Finit par dire Caranage.

-         Demain matin à l’aube, lâcha finalement Hédopian.

Un esclave prit délicatement le bâton de l’empereur comme s’il s’agissait d’un sceptre en cristal. Puis, quand le monarque eut quitté le dôme d’entraînement, Caranage resta un instant seul à s’exercer contre un adversaire imaginaire. Peu à peu cette adversaire prit les traits de la reine mère. Il avait beau déployé toute sa technique et toute sa force, l’adversaire contrée toutes ses attaques avec une aisance déconcertante. Fatigué, il s’assit à même le sol de terres battues.

« Il est vrai que Trixie est une femme puissante, immensément riche et  que l’on dit inflexible, songea le jeune courtisan. Dans l’état actuel des choses je ne suis qu’un misérable insecte dans la Cité. Je vois bien qu’elle s’amuse avec moi, elle me teste pour voir jusqu’où je suis capable d’aller... »

Caranage était encore secouer par l’événement de la veille alors qu’il avait terminé de présider l’assemblée des ministres, il reçut d’un valet une invitation à un récital privée donnée... dans les appartements de la Reine Mère ! Pendant un cours laps de temps, il s’était cru invité au Harem et il s’imagina déjà toutes ses femmes alanguis offertes à tous ses caprices... lorsqu’il retrouva sa raison il se souvint que la Reine Mère possédait des palais aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Harem puisqu’elle était la seule femme autorisée à pénétrer le monde des hommes. Il avait passé une nuit blanche à imaginer tous les scénarios possibles et inimaginables s’il se rendait ou non à cette invitation. Caranage se releva du sol, de la poussière maculée son corps et ses cheveux, il n’en avait cure. S’il déclinait l’invitation, ses chances de gravir les échelons du pouvoir s’en trouveraient diminué car il avait bien comprit que l’influence de Trixie sur son fils était presque omnipotente. Mais s’y rendre... c’était prendre un risque ! Il savait qu’il avait irrité cette dernière ces derniers temps par les dernières fonctions qu’il occupait. Certes, ces chances d’être assassiné là-bas était faible car cela entraînerait bien trop remous, mais il n’était pas impossible d’y subir quelques tortures dissuasives. Il avait bien observé les Muets responsables de la protection rapprochée de la Reine mère et malgré sa propre force il ne tenait pas particulièrement à être confronté à eux. Toutefois, il pensait être en mesure d’obtenir un compromis avec elle et si pour cela il devait user de ces charmes il n’en voyait pas d’inconvénients... Aïe ! Plongé comme il l’était dans ses pensées il ne s’était même pas rendu compte qu’il avait déjà atteint la porte de ses appartements et que grand comme il l’était, il se cognait régulièrement le front s’il ne faisait pas attention.

-         Mon maître désire que je lui prépare son bain ? Demanda une jeune esclave le dos courbé.

-         Oui, mer...

Il se ravisa au dernier moment. Un maître ne dit pas merci à un esclave car il est son objet et il doit exécuter ses désirs, c’est la règle. Caranage s’obligea à ce plier à cette règle dorénavant.

-         Et prépare-moi une tenue somptueuse pour ce soir, je dois me rendre à une réception de la Reine mère. Ajouta t-il d’une voix plus ferme.

Quand il fut près, il ne perdit pas de temps et se rendit au plus vite dans l’aile Sud du Pavillon de la Vertu Suprême.

 À peine traversa t-il la porte de ces lieux, il sentit que quelque chose clochait. Il n’entendait nul bruit de tambourin, de sitars, de chanteuses, ni même de courtisans bavardant. Tout était d’un silence angoissant. Quand il réalisa qu’il avait fait une énorme erreur en venant jusqu’ici, deux puissants eunuques l’attrapèrent par les deux bras et le traînèrent de force jusqu’à un salon dont l’unique luxe était un gigantesque paravent noir laqué prenant toute la longueur de la pièce où était peint  d’or, d’indigo et de magenta une multitude de truites nageant à travers des algues stylisées. Quand il fut assit sur une natte, ses bourreaux se décidèrent à le relâcher. Les deux eunuques s’inclinèrent en touchant deux fois le sol de leur front avant de s’éclipser.

-         Veuillez pardonner la brutalité de mes Muets, j’ai négligé de leur apprendre les règles du savoir-vivre au profit de ma protection. Dit-elle.

A dix pas devant lui, elle s’était la reine Trixie en personne, ses longs cheveux bruns étalé librement autour d’elle... Il fut frappé de la similitude avec...

-         Approchez plus près du paravent, vous enverrez mieux le raffinement des esquisses. Dit-elle en interrompant ses pensées.

Caranage obtempéra, il regarda à peine le paravent et répondit :

-         Très joli.

-         Vous ne semblez pas très sensible à l’art. Dit-elle d’une voix d’où aucune émotion ne transparaissait. Caranage ne sut donc pas si cela était un reproche, une constatation ou encore de l’ironie.

-         Et bien je...

 Il prit soudain conscience qu’à partir de maintenant le moindre de ces paroles et de ces gestes devaient être soigneusement calculé, un pas de travers et c’était la mort.

-         En faîte, je pensais être convié à une réception.

-         Il n’a jamais été question de réception, dit-elle d’un ton sec, mais d’un récital privé.

Sur ce, elle frappa deux fois ses paumes et une dizaine de rideau à leurs droites se soulevèrent sur une autre pièce où apparurent une vingtaine de musiciennes prêtent à jouer au moindre signe de leur maîtresse.

-         Cet air s’appelle Louange de l’aube, ajouta la Reine mère avant de laisser la musique remplir la pièce.

Caranage en profita pour faire le point mentalement. Il avait été traîné de force ce qui suggérait un accueil plutôt glacial et à la place il découvrait la reine mère l’accueillant dans une tenue décontractée. Or dans la tradition darienne, se détacher les cheveux devant quelqu’un suggéré une intimité proche. Ce mélange de courtoisie et de brutalité l’alarmait. Toute cette mise en scène n’était vraiment pas bonne pour lui. Elle cherchait à lui montrait à quel point il n’était rien à ses yeux.

Au bout d’un moment les musiciennes entamèrent un autre air plus discret et la discussion entre la reine mère et le secrétaire général de l’assemblée  commença. Au début, cela fut un échange de banalité, puis rapidement cela se tourna vers la politique pour finalement aboutir à l’art militaire. Caranage ne put s’empêcher d’être impressionnée par le faîte que c’était la premières fois qu’il rencontrait une femme connaissant l’art de la guerre et doté d’une capacité de stratégie supérieure à la plus part des hommes. En fermant les yeux, Caranage avait presque l’impression de discuter avec un général des armées. Voilà pourquoi elle était dangereuse : elle était une femme mais elle était également une brillante politicienne.

-         Vous avez servi l’armée jusqu’à la dernière campagne de l’Est où vous étiez devenu officier, n’est-ce pas ?

-         Oui. Dit-il en se demandant où elle voulait en venir puisqu’il était évident qu’elle avait déjà demandé à ses espions un compte rendu de sa vie.

-         C’est assez rare qu’un homme de votre extraction puisse atteindre ce rang. Et j’approuve cela. Les meilleurs éléments de notre pays devraient être valorisés tout comme vous.

-         Vous me flattez trop Vénérable mère.

-         J’insiste, continua t-elle, vous avez sauvé la vie de votre empereur et pour cela le ciel vous en est reconnaissant. Je pense que vous n’avez pas été suffisamment récompensé pour tout les services que vous avez rendu à la nation et c’est pour cela que j’aimerais appuyer l’avis du conseil des armée afin de vous faire grader lieutenant de l’armée impérial.

Caranage s’inclina jusqu’au sol.

-         Vénérable mère...

Lieutenant des armées ! Comment refuser une telle offre ? Cette femme voulait faire de lui l’un des sept officiers supérieurs les plus puissants avant le grade de général. Mais accepter, cela signifié également renoncé à ses fonctions de secrétaire, c’était aussi reprendre la tunique ocre, c’était se soumettre à la reine mère en qui il devrait cette nomination. Et repartir en campagne loin de la cour à tout moment. Bien Joué Trixie, tu m’as bien eu !

-         Je suis honoré par votre soutien.

Il sourît intérieurement, l’empereur en sera sûrement furieux mais il saura le calmer. Il n’avait pas l’intention d’abandonner la partie, disons que pour l’instant il la reportait à plus tard.

 


Par Sãmbre Calliopé - Publié dans : Prélude du Chaos :Mon roman
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Commentaires

je me suis régalée!!
Commentaire n°1 posté par carole le 19/05/2009 à 23h34
Et bien, je suis enfin arrivée au bout! Je me réjouis du prochain chapitre! à bientôt!
Commentaire n°2 posté par zarbifalafolle le 17/08/2008 à 20h25
et ben chapeau bas pour avoir réussi à tout lire en deux jours ! O.O
Oui la suite bientôt mais jepublie de manière irrégulière...donc parfois il faudra être patient lol
Réponse de Sãmbre Calliopé le 18/08/2008 à 09h28

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