note calliopé : bon désolé pour ceux qui n'aime pas lire devant un écran, ce chapitre est un peu plus long que les autres puisqu'il introduit un nouveau personnage, Enjoy !
vous êtes perdu? Pas panique !
Plan et lien détaillé :
ici
début de l'histoire :
chapitre 1
début
chapitre 2
début
chapitre 3
Caranage
Le pardon qu’avait accordé l’empereur une simple kamkamsatti du nom d’Ishtasma, provoqua du remous dans le Harem. Cela ne s’était jamais vu que l’empereur insiste
pour garder à ses côtés une jeune fille qu’il n’avait même pas honorée. En quelque sorte, Edelweiss, qui jusqu’à présent ne s’était jamais distingué du lot, fut mise en lumière. Tout le monde se
demanda d’où venait cette étrangère ? Par quel charme avait-elle agit sur le jeune souverain ? Et même certaines rumeurs prétendirent qu’elle était une sorcière
cachée sous les traits les plus ingénus.
Edelweiss de son côté réintégra sa place dans la suite de la seconde Imane. Toutes les femmes recommencèrent à lui adresser la parole et Onève redevint complice
avec elle comme si rien ne s’était passé. Edelweiss n’avait pas pour autant oublié l’humiliation et la trahison que lui avait fait subir l’Imane. Toutefois, avoir vécut plusieurs années au sein
du Harem lui avait apprit à voiler ses sentiments sous un masque de douceur. Elle avait confiance en la parole de l’empereur qui lui avait promis du changement, et quand cela arrivera, elle se
jura de n’avoir aucune compassion pour Onève. En attendant, elle persista à jouer son rôle de petite fille sage et parfaitement obéissante. Chaque jour elle
se faisait le plus serviable et la plus polie possible, elle aidait une femme à se coiffer, faisait du thé pour une autre, garder les enfants de l’Imane, tous cela en songeant au jour où Onève
payerait...
Un soir d’après-midi, l’Imane organisa un concours de poésie sur son balcon surplombant la place Rouge. Elle avait convié une dizaine de ses amies dont Edelweiss.
Le but de ce concours était assez simple en apparence, on proposait un thème commun et toutes les participantes devaient écrire le plus beau poème en deux heures. Le contenu lyrique du poème
était jugé au même titre que la beauté de la calligraphie employée. La gagnante recevait un certain nombre de cadeaux, en général des objets précieux de grande valeur. Le thème choisit par Onève
fut : la quintessence de l’harmonie céleste... Les autres avaient déjà pris de l’avance sur elle pendant qu’Edelweiss cogitait encore sur le sens obscure de ce thème. Elle leva la
tête en espérant trouver l’inspiration dans les cieux quand son regard s’arrêta sur un groupe de six hommes marchant d’un pas régulier, parfaitement aligné plus loin sur la place. Leurs tuniques
ocre étaient justement parfaitement en harmonie avec le sol rouge... Elle allait retourner à son occupation lorsque soudain elle reconnut au milieu des autres, le courtisan qu’elle avait
rencontré par hasard dans les couloirs du palais des Songes. Elle ne put s’empêchait de pensait qu’il avait l’air encore plus fier dans sa redoutable tenue de guerre. Elle le suivit du regard
jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement de son champ de vision.
-
Fais attention à ne pas te rompre le cou Ishtasma à force d’épier les guerriers, lui dit une dame de l’entourage de l’Imane.
-
Il te plaît, n’est pas ? Renchérit une autre.
-
Je ne vois pas de quoi vous parlez, répliqua Edelweiss en feignant l’ignorance.
-
Allons, Ishtasma ! Tes joues ont le même teint que leurs tuniques !
Sous les taquineries des autres femmes, Edelweiss continua à nier jusqu’à ce que Onève prit la parole.
-
Son nom est Caranage. C’est un valeureux guerrier de vingt-deux ans qui a participé à la dernière campagne et vient tout juste
d’être distingué par l’empereur. Depuis, il a intégré la très sélective garde rapprochée du souverain. On dit qu’il est devenu un très proche confident du prince divin et qu’il est doté d’une
ambition démesurée. Son charisme est redoutable, c’est indéniable ! Et il sait en jouer comme d’un instrument. Gardes-toi de croiser son chemin, il paraît que cet homme se plaît à déshonorer
de nobles épouses mais il semble que la faveur impériale lui pardonne tout.
***
A l’instant où Edelweiss posa son regard sur la rangée impeccable de guerrier, Caranage à son tour tourna discrètement son regard vers le balcon grillagé d’où
évidemment il ne pouvait rien voir. De là haut, disait-on, on était observé par les concubines de l’empereur toutes plus belles les une que les autres. Le jeune homme se dit qu’un jour, il
aimerait bien y faire un tour, juste pour vérifier cette rumeur...
Avec son escorte, ils dépassèrent les hauts murs du Grand Harem Impérial et s’enfoncèrent dans les rues de la Cité. Ils coupèrent la longue avenue des Anges qui
menait directement au Palais des Songes, longèrent les bâtiments de justice et entrèrent dans la cour centrale de la caserne déjà bondée par la foule de guerriers tout juste
rentrée du front.
- Repos ! Ordonna Caranage à ses hommes exténués en les laissant se disperser dans les bâtiments.
Lui-même, il devait se l’avouer, était épuisait par ses interminables heures de chevauchés à travers tout l’est du pays pour rejoindre la Cité, et par cette stupide
tradition qui forçait les guerriers à demeurer pied à terre en entrant dans la ville impériale. Soudain une voix dans la foule l’interpella :
-
Eh Caranage ! Tu es rentré entier du front ?
C’était Rotryo, un compagnon d’arme avec qui il avait sympathisé et avec qui il jouait souvent au carte.
-
Bien sûr, se targua le jeune homme. Il est impensable que je meure avant de t’avoir prouvé à quel point les cartes sont un domaine où
j’excelle.
-
Toujours aussi vantard à ce que je vois ! Que dirais-tu de m’accompagner dans les faubourgs de la Cité ? Je connais une taverne où il serve
une bière dont tu me diras des nouvelles...
-
Je crains que ce ne soit pas possible Rotryo. Je dois me rendre au palais des Songes cet après-midi. Une autre fois peut-être ?
-
Oui une autre fois... Répondit Rotryo d’une voix qui trahissait la déception.
Lui et Caranage avaient beau être du même âge, il n’était plus depuis une semaine, du même rang. Depuis que Caranage avait grimpé dans les rangs de la hiérarchie en
devenant son supérieur et également guerrier de la garde personnel du souverain, Rotryo avait ressenti une certaine distance qu’essayait d’imposer Caranage. « Là où il veut aller, la
présence de simples gens comme moi lui est inutile » songea t-il en regardant s’éloigner le jeune homme de vingt-deux ans vers le quartier des haut- gradé.
Caranage mit la clé dans la serrure de ses nouveaux appartements et ouvrit fébrilement la porte. Lui qui venait d'un milieu modeste où les guerriers devaient se
contenter de partager une tente avec un camarade, posséder sa propre chambre était un grand luxe. En entrant, il découvrit plier en deux un jeune esclave prosterné. Je possède un
serviteur... Cet état de fait lui fit comprendre que maintenant il était devenu un maître. Sans plus attendre, il se hâta dans la salle de bain et passa trois longues heures à se laver
impeccablement. Il commença par défaire une à une toutes ses nattes de guerre, à se plonger dans un bain froid et se frotter vigoureusement chaque partie de son corps pour en extirper la moindre
saleté. Puis il passa dans un bassin plus grand et fit une quarantaine de longueurs pour entretenir son corps athlétique avant de sortir et de rejoindre une pièce d’eau chaude et parfumée où il
se détendit sous les massages de son esclave. Quand il pénétra dans sa chambre, serviette autour de la taille, il regarda avec satisfaction ses trois nouvelles tuniques qu’il avait achetées la
veille, aligné sur son lit. Il choisit de porter la plus sobre des trois, la noire aux broderies bleu marine.
En ayant passait trois heures dans sa salle de bains, c’était à la fois la saleté de la boue et son image de guerrier qu’il avait effacé pour à présent revêtir
celle de l’élégant courtisan. Son esclave alluma plusieurs encens aux senteurs de jacinthe pendant qu’il huila et peigna parfaitement ses cheveux pour les renouer en catogan.
Sachant qu’il allait devoir se présenter à l’empereur, il se fonça le contour des yeux de khôl comme le faisait tous les autres aristocrates en se disant que dès qu’il le pourrait, il engagerait
une esclave pour le faire à sa place. En dernière touche de sa panoplie, il mit quelques bracelets turquoise à ses poignets et bien sûr il ceignit à sa ceinture son inséparable sabre. Satisfait
du reflet de son miroir, il sortit de chez lui et avant de se rendre chez l’empereur, fit un détour par le palais administratif, prés du gouvernement.
Il entra dans la grande bibliothèque officielle et fit mine de s’intéresser à un livre ouvert quand la personne qu’il attendait se présenta à lui. C’était un tout
petit fonctionnaire du gouvernement, la quarantaine passé et vingt cinq ans de bons et loyaux services rendus à l’administration de l’état. Caranage avait deviné tout de suite, la première fois
qu’il l’avait rencontré, que ce fonctionnaire aigri par la vie qui l’avait toujours empêché d’accéder à un poste privilégier à cause de sa caste, serait un parfait informateur des coulisses du
gouvernement. Le jeune guerrier ne savait pas trop comment ni par quel moyen, mais en tout cas ce petit homme du nom de Nekhmaré se débrouillait toujours pour lui apporter exactement les
renseignements qu’il attendait.
-
C’est un honneur de vous revoir depuis de si long mois, officier Caranage, dit l’homme d’une vois obséquieuse en se courbant le plus bas
possible.
-
Alors ? As-tu quelque chose d’intéressant ? Demanda tout bas le jeune homme sans même lui adresser un regard.
-
Oh oui ! S’exclama Nekhmaré d’un ton mielleux. Je suis sûr que cela va vous intéresser.
Il lui tendit une liasse de parchemins où était inscris tous les rapports du grand conseil des ministres depuis un mois.
- Ce sont vraiment... les procès-verbaux écrient de la main même du grand secrétaire de l’assemblé ? Murmura Caranage admiratif. Je croyais qu’il gardait
toujours les originaux confinés dans un coffre ?
-
Ce ne sont que des copies bien évidemment, mais elles sont les copies parfaites des originaux vous pouvez en être certains.
Caranage allait tourner les talons, l’esprit déjà plongé dans la lecture de ces documents officiels lorsqu’il se souvint qu’il devait récompenser le vieux
fonctionnaire.
-
Aimes-tu la poésie du maître Maha Chiinyasom ?
-
Comme tout homme cultivé, officier Caranage. C’est un éminent érudit dont nous il n’existe que cinq copies de ses ouvrages...
-
Et bien demain je t’offre l’une d’elles. Coupa le jeune homme. Ce sont des livres qui encombrent ma chambre depuis que je l’ai acquis pendant les
troubles à l’Est.
-
L’officier Caranage est bien trop généreux pour un humble commis de ma caste, s’empressa d’ajouter Nekhmaré en s’agenouillant de plus belle.
Le guerrier avait déjà effacé de sa mémoire le fonctionnaire incliné à ses pieds et s’était replongé dans sa lecture tout en sortant de la
bibliothèque.
C’est fou comme il en apprenait des choses au fur et à mesure qu’il lisait ces lignes ! Le rapport était si détaillé, qu’il parvenait à s’imaginer parfaitement
les différents ministres siégeant autour de la table circulaire. Au fond, ces hommes du gouvernement ne pouvaient qu’apercevoir une alcôve grillagée où parfois venait assister l’empereur sans
qu’ils ne le sachent. Grâce au parchemin, il entendait parfaitement les répliques des différent hommes d’état, comprenait mieux les décisions prisent... « ah comme les pauvres
sujets que nous sommes ne savons rien de la réalité du monde ! » Soupira Caranage. Lui qui avait été envoyé au front, savait mieux que ces autres courtisans oisifs ce qu’était la
souffrance, la famine et la mort. Ces trois cousines morbides il les avait si souvent fréquenté dans sa jeune carrière de guerrier qu’elles lui étaient à présent tout à fait familières presque
indifférentes...
En approchant du Palais des Songes, Caranage jugea préférable de laisser ses documents interdits qui pouvaient lui coûter la vie sous un arbuste le long de l’avenue
des Anges. Les mains vides, il passa sans encombre la fouille des gardes du palais qui lui retirèrent son sabre et le laissèrent pénétrer dans les appartements de l’empereur. Il traversa dans
plusieurs salons où différents fils d’aristocrates bavardaient tranquillement dans de gros coussins de soie. Il s‘inclina devant chacun d’eux avec le plus d’humilité que son simple rang
d’officier lui permettait. A chaque fois, il prenait des nouvelles de l’empereur et à chaque fois on lui répondait que sa Majesté restait cloîtrer dans ses appartements privés.
-
Il s’enferme ? Pourtant il est toujours présent aux cérémonies officielles.
-
Oui mais dès qu’il a finit, il ne vient plus se détendre avec nous, lui dit l’un d’eux.
-
C’est à peine s’il rend visite à son Harem ! S’exclama un autre homme.
-
Pensez-vous que cela ai un rapport avec son retour du front Est ? Insinua l’air de rien Caranage.
-
Oui peut-être... c’est vrai que depuis qu’il revenu, il est différent...
-
Certaines personnes disent même que ses insomnies sont revenues, dit un jeune homme à la tunique orange qui ne devait pas avoir plus de seize
ans.
-
Ses insomnies ? Demanda innocemment Caranage qui cacha habilement sa curiosité en anxiété.
-
Vous ne le saviez pas ? S’enorgueillit le jeune homme à la tunique orange qui semblait heureux d’être le centre d’intérêt. Entre ses dix ans et
ses quinze ans, le prince divin a été atteint d’un mal étrange. Il paraissait que des mauvais esprits avaient prit possession du sommeil impérial ce qui avait entraîné ses insomnies.
-
Qu’est-ce qui a bien pu faire cesser cette maladie ? Interrogea de plus belle Caranage à ce jeune à la langue bien pendue.
-
On ne sait pas trop... Cela a cessé tout seul. Tout ce que l’on sait c’est que son rétablissement a coïncidé avec le retour à la
Cour du prince Moon Sokusaï...
Caranage serra les dents presque inconsciemment. Il décida de changer le sens de cette conversation.
-
Donc vous pensez que les insomnies du divin prince reviennent à nouveau ? Pensez-vous que j’ai une chance d’obtenir une audience avec notre divin
prince ?
-
Vous ? S’exclama un aristocrate presque hilare. Si sa Majesté ferme sa porte à la haute aristocratie pourquoi l’ouvrirez t-elle à un simple
officier de son armée ?
-
Vous avez raison, répondit Caranage en baissant la tête. Je me suis montré trop présomptueux, veuillez m’excusez...
Le jeune homme se retira de la pièce en laissant là les courtisans à leurs bavardages. Il avait obtenu d’eux les renseignements exacts qu’il était venu chercher. A
présent la seconde étape consistait à pouvoir accéder aux apparentements privés de l’empereur. Cela fut plus simple que le reste. Caranage avait intégrait la prestigieuse garde personnelle
impériale. Il faisait partit des vingt hommes qui vivaient au plus proche du dieu vivant. Nuit et jours, ces hommes surentraînés, au physique et à la morale irréprochable, devaient assurer au
prix de leur vie la sécurité de l’empereur dans tous ses déplacements. La règle d’or voulait que ses hommes n’adressent jamais la parole à leur maître. Mais pour Caranage s’était un peu
différent, car s’il avait intégré la garde rapprochée c’était grâce à l’intervention du souverain qui lui devait la vie au front après l’avoir sorti d’un guet-apens...
Il passa devant une dizaine de ses camarades sans encombre. Mais fut bloqué par deux d’entre eux devant l’entrée de la chambre impériale.
-
Que fais-tu ici Caranage, l’interrogea l’un des deux gardes. Tu ne reprends ton service que la semaine prochaine il me semble ?
-
Oui, mais je ne suis pas là en temps que guerrier mais en courtisan. J’ai une requête pour sa Majesté.
-
Quelle sorte de requête ? Questionna le second garde suspicieux.
-
Voyons ! Ce sont des ordres qui me sont parvenu directement de mes supérieurs hiérarchiques, répondit énergiquement le jeune officier.
Les deux gardes se consultèrent du regard avant de le laisser passer. Après tout ce n’est juste que lui... Quand les lourdes portes de l’antichambre se refermèrent
derrière lui, Caranage ne put effacer de son visage un sourire moqueur. C’était toujours la même chose depuis sa plus jeune enfance. Chaque fois qu’un homme posait son regard sur lui, il lui
inspirait automatiquement la droiture, la loyauté en somme quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance. En ce qui concernait les femmes, il leur projetait l’image d’un homme parfait, courtois, une
illusion du prince charmant. Grâce à ce don qu’il avait très tôt maîtrisé, il avait réussi toujours à obtenir des autres de multiples privilèges. « Les hommes sont crédules, ils font rimer
beauté avec bonté » se répétait-il souvent quand il parvenait encore une fois à obtenir de quelqu’un ce qu’il désirait. Personne jusqu’à présent n’a réussi à lui résister...
Après qu’un valet lui ait lavé les pieds pour lui permettre de pénétrer la chambre à coucher de l’empereur, Caranage découvrit avec surprise que ce dernier dormait.
Les rideaux de son immense baldaquin étaient complètement tirés, c’était du moins ce qu’il pensait.
-
C’est toi Caranage ? Je reconnaîtrais ta démarche parmi toutes !
Une lueur de satisfaction passa dans les yeux de l’officier. « Je n’ai rien à faire, c’est lui qui vient à moi » se dit-il. Et comme je suis un
courtisan je me dois de lui répondre, peu importe ce qu’en penseront les autres membres de la garde rapprochée »
-
Oui divin prince, vous avez vu juste.
-
Caranage... Quel temps fait-il dehors ? Demanda la voix derrière les rideaux du baldaquin.
-
Si vous sortiez la tête à la fenêtre de votre chambre vous le sauriez.
-
Tu me surprendras toujours, Caranage ! S’exclama soudainement Hédopian tandis que s’éleva dans la pièce son rire cristallin. Je m’attendais à une
réponse comme « Le temps est à l’image de votre perfection, rayonnant de lumière et le ciel pur de tous nuages » ou encore « Le temps se gâte, sire, il pleure
l’absence de son dieu parmi les hommes ».
-
Mais alors pourquoi me poser la question si vous vous attendiez déjà à la réponse ?
-
Je ne sais pas, peut-être par habitude...
Hédopian sortit de son lit et vint s’asseoir près de son balcon d’où il avait une vue panoramique de ses jardins et plus loin de l’avenue des Anges qui semblait se
perdre dans l’horizon. Il invita Caranage à s’asseoir à ses côtés.
-
Prince divin, me méprendrais-je si je prétendais que sa Majesté à les traits tirés et que son regard est le même que ceux qui ont vu
l’insoutenable ?
Hédopian ne répondit pas tout de suite, puis il soupira.
-
Bien sûr tu es un guerrier tu comprends cela mieux que la majorité des hommes de ma cour...
-
Pardon ?
-
Tu veux savoir, n’est-pas ? Et bien je vais te le dire puisque j’ai une dette envers toi. Il se trouve que depuis que j’ai participé à cette
campagne militaire j’ai l’impression de ne plus être le même. Avant tout me semblait logique, tous ce que je faisais avait un sens. Mais à présent, maintenant que j’ai vu l’horreur du
vrai monde, la Cité me parait être une scène de théâtre artificielle que l’on me montre depuis le premier jour de mon existence.
Caranage écouta l’empereur sans l’interrompre. Il était à la fois comblé et ému par ces confidences. Si le prince divin ouvrait si librement son cœur à un homme
qu’il connaissait à peine, c’était que sa souffrance lui était devenue désespérante. Après tout, ce dieu-vivant n’avait que dix- neuf ans et toute divinité qu’il était, il n’en restait pas moins
un homme, aux réactions humaines.
-
J’ai l’impression que l’on m’a caché la vérité depuis toujours. On m’a laissait vivre dans l’illusion d’un pays idyllique que je contrôlais. Mais la
réalité c’est que des hommes souffrent, agonisent, et expient tous les jours pendant que moi, leur souverain, demeure sourd à leurs détresses.
-
Votre cœur est grand mais malheureusement c’est le destin de l’homme de mourir un jour. Peu importe la grandeur votre générosité il en sera toujours
ainsi. Vous avez eu la chance d’être naît plus haut que la masse humaine. Tiré partie de votre chance.
-
Quel âge as-tu Caranage ?
-
Vingt-deux ans, sire.
-
Et depuis combien d’années sers-tu mon armée ?
-
Cela va bientôt faire six ans.
-
Cela veut dire qu’à mon âge tu avais déjà connu mainte fois la mort n’est pas ?
-
Oui, sire.
Hédopian resta pensif un long moment. Alors qu’il ne se souvenait plus exactement ce qu’il avait fait d’exceptionnelle à seize ans, au même âge ce Caranage avait du
déjà tuer pour la première fois de sa vie. Cet homme malgré sa carrure impressionnante lui paraissait être un homme exemplaire et protecteur, il ne savait pas pourquoi mais il avait l’impression
qu’il avait besoin de s’entourer de personne telle que lui s’il ne voulait pas mourir de solitude... Soudain le sens d’une clochette le tira de ses pensées.
-
C’est la sonnette qui m’annonce que le conseil des ministres va commençait immédiatement. Informa Hédopian à l’officier intrigué.
-
Mais... vous n’y aller pas ? Demanda Caranage surpris de voir que l’empereur ne semblait pas pressé pour se rendre au conseil où se jouaient
toutes les décisions de l’Empire.
-
Je ne sais pas... aujourd’hui je ne me sens pas d’humeur. Tu sais ce n’est pas une obligation. J’y vais de temps en temps pour être tenu au courant
des affaires de l’état.
Caranage cogita un instant. Finalement il en conclut que c’était bien possible. L’empereur n’apparaît pas publiquement au conseil, il est tenu derrière une fenêtre
grillagée. S’il n’est pas présent, personne ne peut s’en rendre compte. C’est à la fois une force et une faiblesse. Il garde ses ministres sous tension d’être observé par lui mais dans un même
temps l’empereur ne connaît pas tous ce qui se passe dans ses conseils et doit souvent signer des papiers sans prendre la peine de les lire.
-
Dis-moi, Caranage, est-ce que cela t’intéresserais d’assister de tes propres yeux à un conseil ?
L’officier dévisagea l’empereur abasourdi. Aurais t-il pu deviner qu’il venait d’annoncer tout haut l’un de ses rêves ?
-
Aller suis-moi ! Lui dit joyeusement Hédopian. Mais je te préviens que tu vas être déçu, les conseils sont d’un ennui mortel.
Caranage suivit l’empereur qui le conduisit dans un dédale de couloir avant de le faire pénétrer dans une petite pièce exiguë, peu éclairé couverte de coussin et de
sofa. Il remarqua une large fenêtre finement grillagée d’où traversé une douce lumière. Inconsciemment, il fit un pas en arrière.
-
N’es pas peur, le rassura l’empereur. De l’extérieure personne ne peut te remarquer. Il est fait d’un tissu spécial, le même utilisé pour le Harem,
qui permet de voir sans être vu. Je peux te l’assurer personne ne peut discerner ne serais ce que ton ombre. Je te demanderais seulement d’être totalement silencieux jusqu’à la
fin de l’assemblé.
Il était inutile de la rappeler à Caranage tant la joie d’être au conseil l’avait rendu muet. Son cœur battait à tout rompre d’être dans cette
pièce où seul l’empereur venait. Cette pièce qui surplombait la grande assemblée du grand conseil impérial. Il n’imaginait plus, il était présent, un pas derrière l’empereur.
Hédopian sourit. Aujourd’hui il se sentait bien. Il s’était libéré d’un poids et n’avait plus envie de rester enfermé. Alors que lui-même avait du mal à rester
attentif à toutes ces discussions politiques, Caranage était littéralement hypnotisé par tous ce qui se disait. Ainsi, à la fin du conseil furent terminés, l’empereur eut une
idée. Il lui proposa d’assister une fois par semaine à sa place à cette assemblée et par la suite à lui raconter en détail tous les faits important, tandis que lui, l’empereur,
le récompenserait de son travail en lui permettant de quitter sa garde rapprochée pour entrer directement dans le cercle intime de ses courtisans. Le futur ex-officier s’effondra en
prosternation, le front au sol, pour mieux dissimuler son sourire. Décidément, aujourd’hui était un jour exceptionnel pour l’obscur guerrier Caranage !