Vendredi 18 juillet 2008

note : comme promis la seconde partie en compensation de la semaine ou je serais absente.

 


Celui qui désirait tout


«-  Le guerrier sent la vase sous son déguisement de courtisan vous ne trouvez pas ? »

Voilà à peu près ce qu’entendait chaque jour sur son compte Caranage depuis un certain nombre de mois. Bien sûr, cela se disait lorsque l’empereur était absent, et cela venait essentiellement de la part de la haute aristocratie. Si Caranage avait appartenu à une caste inférieure, leur mépris auraient presque put paraître normal. Pourtant le nom de Caranage était bel et bien celui d’une famille appartenant à la caste guerrière des Dariens. Celle-là même d’où était issue l’empereur et la classe dirigeante de ce monde. Les Dariens, lointains descendants d’un peuple nomade venu du Sud, avait au cours des siècles remontaient vers le Nord jusqu’à décider de se sédentariser et de dominer par la force tous les autres peuples autochtones. Le temps s’était si bien écoulé que les peuples dominés finirent par accepter l’autorité des Dariens ainsi que le système des castes qui hiérarchisé le rang et le rôle social de chacun.

La famille Caranage avait pourtant était associée pendant des siècles à celui des empereurs. Elle avait de toutes les époques et toutes les guerres combattues au côté du pouvoir impérial. Mais dans toute grande famille il existe toujours un élément faible. Pour le malheur de cette lignée couverte de gloire cet élément faible devint le chef de la maison Caranage. Il dilapida si bien la richesse et le patrimoine de cette famille qu’en à peine deux générations il n’en resta plus rien et ces descendants furent réduits à la misère tandis que leur nom s’oublia dans les écrits de l’Histoire.

Le déshonneur causait par cet ancêtre était si lourd que même six générations plus tard, son dernier descendant pouvait encore en ressentir les effets. On aurait put croire que Caranage recherchait à retrouver le prestige de ces ancêtres, il en était tout autre. Ce qu’il voulait était à la fois simple et étrange ; Caranage désirait tout.

Il ne voulait pas se contentait de fortune, villa, femmes, pouvoir ect... non il désirait bien plus que ça et pour atteindre cet absolu dont il n’était pas certain lui-même d’être en mesure de décrire, il avait finit par se dire que la Cité était le plus sûr moyen d’atteindre son rêve.

 Toutefois dans sa lente ascension vers les sphères du pouvoir, il avait comprit que son rêve ne se trouvait pas dans l’empereur et que ce dernier n’était en réalité qu’une étape pour lui. Il dut reconnaître également, à force d’observer les faits et gestes de l’empereur, que ce dernier méritait son respect.

Tout d’abords parce qu’il régnait depuis qu’il avait six ans sur le plus haut trône du monde. Il s’imagina ce tout petit enfant déclarait réincarnation du Dieu et se demanda s’il n’avait jamais ressenti un vertige d’être si puissant et si fragile à la fois. Comment faisait-il pour rester si humble alors que tous les jours une foule servile de sujets s’agenouille trois fois à terre devant lui ? Comment faisait-il pour résister à la tentation de céder à la vanité ? Etait-ce dû à sa sagesse divine qui le mettait au-dessus des hommes normaux ? Ou alors à l’éducation qu’il avait reçue ?

Hédopian assistait sans broncher à toutes les cérémonies religieuses en son honneur, il acceptait d’être l’objet d’un culte. Jamais une seule fois, alors que les autres courtisans pouvaient somnoler, rire, se taquiner, voir même se battre,  il n’avait montré une seule réaction humaine en public. Sans jamais se départir d’une attitude hiératique et altière il paraissait dieu vivant à ses sujets. Cela ne le dérangeait pas car, il l’avait intégré dans sa vie comme une normalité, et cet apaisement lui permettait d’être au-dessus de la vanité. En public, il était doté d’une aura surnaturelle qui forçait la soumission et Caranage qui pourtant était peu croyant, avait du mal à regarder en face l’empereur lorsqu’il apparaissait dans tous son apparat. Mais en privé, il  redevenait un simple jeune homme qui aimait vivre et s’amuser et aurait très bien pu se confondre avec les autres courtisans de son âge s’il n’avait pas était d’une ascendance divine. Toutefois ses obligations de souverain d’Hédopian lui prenaient tant de temps que les véritables moments privés où il cessait de paraître étaient extrêmement rares et il était très difficile pour quiconque de deviner lorsque Hédopian était lui-même où lorsqu’il était l’empereur. Même dans sa plus stricte intimité, que ce soit dans le Harem ou dans son palais, il montrait très rarement ses vrais sentiments.

Caranage pourtant, réussi à pénétrer ce domaine privé grâce à son charme. Il avait tant gagné la confiance du jeune souverain que ce dernier lui permit d’assister jusqu’à quatre conseils par semaine à sa place. Et bientôt Caranage se trouva mieux tenus aux courants des affaires de l’Empire que l’empereur lui-même.

-         Vous devriez faire preuve de plus de diplomatie avec les tribus de l’Est, lui conseilla l’ex officier alors qu’il venait de lui résumer les derniers événements du conseil des ministres. Leurs chefs sont puissants et respectés, il serait plus judicieux de trouver un accord avec eux plutôt qu’envoyer une milice les assassiner et ainsi déclencher une guerre civile qui risquerait de coûter chère à l’état.

Hédopian garda une mine grave pendant que son sujet lui faisait son rapport sur la situation qui pourrissait depuis deux ans à l’Est et que ni les guerres, ni les négociations n’avaient réussi à calmer ces chefs de tribus rebelles. Cette situation commençait sérieusement à l’irriter et il avait demandé à Caranage de lui donner son avis.

-         En relisant, les documents où sont rédigés leurs revendications, j’ai remarqué qu’ils demandaient à avoir trois de vos filles en mariage afin de consolidait une paix durable...

Hédopian, les mains croisées sur son bureau, souleva un sourcil en souriant.

-         Mes filles aînées ont cinq ans au maximum, crois-tu que je sois assez cruel pour les donner en pâture à des barbares uniquement pour consolider une paix qui durera trois ans tout au plus ?

-         Vous ne m’avez pas laissé finir Majesté. Ce que je propose serait plutôt l’inverse. Vous devriez demander l’une de leurs filles qui sont en âge de se marier d’après mes renseignements. Si la demande vient de vous, les chefs tribaux seront tant honorés qu’ils se calmeront pendant un certain temps.

-         C’est possible... Mais aucune loi ne m’oblige à distinguer une femme en la faisant impératrice et je n’en ai personnellement aucune envie. Ils savent qu’elle sera noyée dans la masse de mes concubines et ils ne l’accepteront pas.

-         Vous n’êtes pas obligé d’en faire votre impératrice, contentez vous de lui faire un enfant et ainsi ils n’auront plus aucune raison de se rebeller si leur tribu et le sang impérial et lié par cet enfant.

-         Ton idée est amusante... Je vais y songer.

-         Majesté j’ai une autre requête. S’empressa d’ajouter Caranage en prenant un air accablé.

-         Parle donc ? Demanda tout étonné Hédopian.

-         Eh bien... J’ai entre les mains des documents qui prouvent qu’il existe... un réseau qui espionnerait votre gouvernement.

-         Es-tu sérieux ? Montre-moi ces documents ! Lança t-il en lui arrachant les feuilles des mains.

Tout en baissant les yeux, Caranage épia discrètement la réaction de l’empereur.

-         Mais... ce sont les rapports du secrétaire de l’assemblée ! Que font ces documents entre tes mains ?

-         Et bien justement, Majesté, pour mener mon enquête j’ai dû faire semblant d’être intéressé par ces documents falsifiés afin de pouvoir remonter à la source du problème et vous apporter des preuves réelles de ce que j’avance. Comme vous pouvez le constater ces documents sont des copies des originaux. J’ai découvert qu’un certain fonctionnaire trop curieux a tenté de divulgué en dehors des murs de votre sainte Citée, des informations secrètes à propos de la situation politique du pays...

-         Quel est le nom de ce traître ? Coupa l’empereur avec autorité.

-         Nekhmaré, prince divin. Répondit Caranage en inclinant la tête.

 

 

La raison qui avait poussé Caranage a dénoncer son ancien informateur était d’une logique impitoyable. Tout d’abords Caranage surveillé ses informateurs par d’autres espions qui étaient également surveillé à leur insu. Ces espions lui révélèrent que durant des soirées particulièrement arrosées, le vieux commis avait du mal à tenir sa langue et commençait à divulguer le nom de ses clients. De plus Caranage, assistant en personne au conseil, n’avait à présent aucune raison d’acheter à prix d’or ses copies de documents officiels. Ce fut alors sans remords qu’il utilisa la dénonciation de Nakhmaré pour servir ses propres intérêts. Tout d’abords cette histoire renforça la confiance qu’avait en lui l’empereur. Hédopian voulant faire les choses proprement lui ordonna de donner tous les noms des acheteurs ainsi que de ceux qui aidaient Nakhmaré à se procurer les documents. Et Caranage obéit docilement à l’ordre impérial. Il fit tomber une quinzaine de personne faisant partit de la haute administration de l’Empire et une trentaine de courtisans de la haute aristocratie qui fréquentait l’empereur régulièrement. Dans les courtisans qu’il cita, il y en avait certains qui étaient réellement coupable, une dizaine avait été en réalité écartée parce qu’il avait une trop grande influence sur l’empereur quant à cinq ou six autres il les avait dénoncé uniquement parce qu’ils n’aimaient pas leur tête et voulait les voir tomber. Les conséquences d’un tel scandale fut que tous ceux hostiles à Caranage furent écartés de l’entourage l’empereur pour être remplacé par des sympathisants de l’ex officier. Et puis parce qu’il voulait que tout soit claire, Caranage fit également tomber le corrompu secrétaire de l’assemblée, qui était en réalité l’instigateur de tout ce réseau pour le remplacer par lui-même.

Ainsi le cinquième jour du mois des Oliviers l’an de grâce 1019 après Implosion, l’ex officier Caranage devint le nouveau grand secrétaire de l’assemblée. En arrivant pour la première fois  dans la tribune du conseil, les puissants de ce monde purent enfin voir le beau visage de celui qui avait décidé de tout avoir.





par Sãmbre Calliopé publié dans : Prélude du Chaos :Mon roman
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Vendredi 18 juillet 2008
Note : étant donné que je serais absente la semaine prochaine ( Aaah vacance quand tu nous tiens ! ^^) je vous poste deux chapitres au lieu d'un.  Enjoy !



Du changement

« les choses vont vite changer Ishtasma, tu verras... »

Les paroles du souverain de ce monde, dieu vivant et descendant direct d’une lignée de héros mythiques ne sont pas à prendre à la légère. Et cela Edelweiss l’apprit à ses dépends et d’une manière qui la laissait encore abasourdie. Non elle ne rêvait pas. Elle c’était bien réveillée ce matin-là dans la couche impériale du Palais des Songes.

La nuit dernière s’était enchaînée d’une manière si effrénée qu’elle n’avait rien pu faire d’autre qu’assister ébahie au spectacle de sa propre vie. Pourtant tout avait commencé normalement. Dans la résidence de l’Imane Onève, l’empereur, sa concubine et toutes ses dames de compagnies avaient débutaient une furieuse partie de carte. L’ambiance y était bonne enfant, Hédopian perdait par courtoisie et les autres femmes se vantaient de pouvoir le déposséder de sa fortune. Le climat était si détendu que l’empereur s’amusa à envoyer des pépins de raisins sur Onève tandis que les autres femmes tentèrent pendant qu’il avait le dos tourné, de lui arracher le ruban noir qui nouait ses cheveux. Pendant ce temps, Edelweiss servait du vin à toutes les coupes tendues vers elle. Au moment ou elle resservit pour la quatrième fois Hédopian, celui-ci lui prit brusquement le poignet :

-         Pourquoi ne remplis-tu jamais ma coupe en entier ? Aurais-tu peur de me voir saoul ?

Edelweiss lui sourit pudiquement. Depuis le début de la soirée, il ne lui avait adressé aucun regard, il l’ignorait complètement et semblait se divertir comme un fou, entouré de toutes ses femmes à sa disposition.

-         Tu te fais toujours du souci pour moi, n’est-ce pas ? dit-il en relâchant son poignet. Tu crois que je ne le vois pas mais je sais bien que tu t’assure toujours que mon thé soit toujours très fort, que je sois toujours assis dans un endroit où je puisse avoir vu sur l’extérieur, je sais que tu t’entraîne tous les jours à la flûte juste pour me détendre, que tu as appris à une vitesse records toutes les bases de l’écriture et l’ibrisme. Tu crois sincèrement que je ne vois rien ?

Hédopian ne put entendre la réponse d’Edelweiss. Onève ayant remarqué cet échange qui dirait un peu trop longtemps, envoya une de ses jeunes kamkamsatti voler le ruban de l’empereur pendant qu’il était inattentif. Alors il abandonna Edelweiss et couru après la jeune femme en éclatant de rire. Elle l’observa de loin jouer à chat avec cette jouvencelle. « C’est vrai que je ne veux pas vous voir saoul Prince divin, parce que l’alcool vous fait dire des choses que vous ne pensez pas, songea t-elle amère. »

Plus tard dans la soirée, quand l’empereur était retourné dans ses appartements, Onève se dévêtit de ses vêtements, triomphante. Cela faisait des mois que l’empereur n’était pas restait aussi longtemps dans sa résidence. Elle ne perdait pas espoir de bientôt retourner en grâce à ses yeux. Ce n’était qu’une question de jours avant qu’il l’invite à nouveau.

-         Ishtasma ! Ma chère kamkamsatti, serais-tu assez gentille pour venir m’aider à me coiffer ?

Lorsque je serais à nouveau première Imane, songea t-elle il faudra immédiatement que je pense à une manière plus intelligente de me débarrasser d’elle. Elle commence vraiment à devenir encombrante.

-         Ishtasma ! Pourquoi ne réponds-tu pas ? Es-tu sourde ? Demanda t-elle de sa voix mielleuse.

A la place d’Edelweiss se fut une servante qui entra dans sa chambre.

-         Que fais-tu là toi ? Lança L’Imane. Vas plutôt me chercher Ishtasma.

-         Ce que... l’esclave s’était inclinée effrayée jusqu’au sol. Ce que la kamkamsatti Ishtasma n’est plus là, ô magnifique Imane...

-         Comment ça elle n’est plus là ? Elle ne peut pas s’être volatilisée par magie, nous sommes tout de même dans l’enceinte du Harem ! Ricana Onève. Quand  l’as-tu vu pour la dernière fois ?

-         C’était dans la cour extérieure Grande Imane, murmura  la servante. Elle montait avec sa Majesté dans son palanquin...

 

En se rappelant cette nuit, Edelweiss rougit furieusement et remonta jusqu’aux niveaux des yeux les draps de soies de ce grand lit vide. Son ancienne éducation chrétienne lui soufflait d’avoir honte de s’être offerte si docilement à un homme qui n’était même pas son époux tandis que celle qu’elle avait reçut au Harem l’a félicitait de sa hardiesse. Elle avait beau se forcer à se sentir coupable, une petite voix charmeuse au fond d’elle lui susurrait de se rendre à l’évidence. Elle avait découvert cette nuit  des sensations encore inconnues et avoir senti son corps exploré par un autre ne l’avait point intimidée bien au contraire...

Elle se releva encore un peu sonnée. L’empereur était partit quelque heure plutôt en se levant le plus discrètement possible et elle avait fait semblant de dormir alors qu’elle était parfaitement réveillée.

-         Vos vêtements, noble Imane.

Edelweiss sursauta de peur en découvrant deux eunuques à ses pieds l’un lui tendant une tunique en satin et l’autre un magnifique collier à quadruple rangée d’émeraude rouge posée sur un coussin.

-         C’est moi que vous venez d’appeler Imane ?

-         Oui car vous êtes la  première des Quatre, celle qui a été distinguée par le Prince divin. Répondirent t-ils à l’unisson.

-         Moi ? première Imane... songea tout haut Edelweiss en finissant de se vêtir

-         Sa Majesté a insisté pour que vous portiez ce collier en retournant au Harem...

-         Non ! Dit-elle dans un geste de refus. Jamais je ne pourrais porter quelque chose de si beau. C’est un bijou qui siérait mieux à une vraie reine...

-         Je vous prie Madame d’accepter ce présent de l’empereur. Refuser pourrait le contrarier.

L’eunuque ouvrit la boucle et mit le collier autour du cou d’Edelweiss. C’était la première fois de sa vie qu’elle portait un bijou si lourd et si splendide.

-         Une telle merveille doit valoir des millions... murmura t-elle en se regardant dans une glace.

-         Gracieuse Imane ?

Elle regarda de nouveau les deux eunuques, perplexe. Elle ne se faisait toujours pas à l’idée d’être devenue une femme si puissante.

-         Je vous pris de nous suivre jusqu’au Palais des Milles Senteurs pour y récupérer vos affaires dans la résidence de l’Imane Onève et emménager dans vos appartements.

Tout cela était vraiment trop irréel ! Presque dans un état second Edelweiss se laissa porter par cette vague de changements beaucoup trop rapides pour son entendement.

Quand Ishtasma entra dans le salon de sa résidence, les pires craintes d’Onève se réalisèrent. Consternée, Onève ne put que contempler bouche bée, l’énorme collier d’émeraude à quatre rangées qui pendait au cou de sa kamkamsatti.  Sans même sans rendre compte elle avait même fait tomber un pot de maquillage qu’elle tenait à la main. Comme elle mourrait d’envie d’arracher ce bijou de cette petite gorge blanche... Pourtant elle ne bougea pas, elle fixa cette jeune femme rousse qui venait d’anéantir ses plans...



par Sãmbre Calliopé publié dans : Prélude du Chaos :Mon roman
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Samedi 12 juillet 2008
note calliopé : bon désolé pour ceux qui n'aime pas lire devant un écran, ce chapitre est un peu plus long que les autres puisqu'il introduit un nouveau personnage, Enjoy !

vous êtes perdu? Pas panique !
Plan et lien détaillé : ici
début de l'histoire : chapitre 1
début chapitre 2
début chapitre 3



Caranage

Le pardon qu’avait accordé l’empereur une simple kamkamsatti du nom d’Ishtasma, provoqua du remous dans le Harem. Cela ne s’était jamais vu que l’empereur insiste pour garder à ses côtés une jeune fille qu’il n’avait même pas honorée. En quelque sorte, Edelweiss, qui jusqu’à présent ne s’était jamais distingué du lot, fut mise en lumière. Tout le monde se demanda d’où venait cette étrangère ?  Par quel charme avait-elle agit sur le jeune souverain ? Et même certaines rumeurs prétendirent qu’elle était une sorcière cachée sous les traits les plus ingénus.

Edelweiss de son côté réintégra sa place dans la suite de la seconde Imane. Toutes les femmes recommencèrent à lui adresser la parole et Onève redevint complice avec elle comme si rien ne s’était passé. Edelweiss n’avait pas pour autant oublié l’humiliation et la trahison que lui avait fait subir l’Imane. Toutefois, avoir vécut plusieurs années au sein du Harem lui avait apprit à voiler ses sentiments sous un masque de douceur. Elle avait confiance en la parole de l’empereur qui lui avait promis du changement, et quand cela arrivera, elle se jura de n’avoir aucune compassion pour Onève.  En attendant, elle persista à jouer  son rôle de petite fille sage et parfaitement obéissante. Chaque jour elle se faisait le plus serviable et la plus polie possible, elle aidait une femme à se coiffer, faisait du thé pour une autre, garder les enfants de l’Imane, tous cela en songeant au jour où Onève payerait...

Un soir d’après-midi, l’Imane organisa un concours de poésie sur son balcon surplombant la place Rouge. Elle avait convié une dizaine de ses amies dont Edelweiss. Le but de ce concours était assez simple en apparence, on proposait un thème commun et toutes les participantes devaient écrire le plus beau poème en deux heures. Le contenu lyrique du poème était jugé au même titre que la beauté de la calligraphie employée. La gagnante recevait un certain nombre de cadeaux, en général des objets précieux de grande valeur. Le thème choisit par Onève fut : la quintessence de l’harmonie céleste... Les autres avaient déjà pris de l’avance sur elle pendant qu’Edelweiss cogitait encore sur le sens obscure de ce thème. Elle leva la tête en espérant trouver l’inspiration dans les cieux quand son regard s’arrêta sur un groupe de six hommes marchant d’un pas régulier, parfaitement aligné plus loin sur la place. Leurs tuniques ocre étaient justement parfaitement en harmonie avec le sol rouge... Elle allait retourner à son occupation lorsque soudain elle reconnut au milieu des autres, le courtisan qu’elle avait rencontré par hasard dans les couloirs du palais des Songes. Elle ne put s’empêchait de pensait qu’il avait l’air encore plus fier dans sa redoutable tenue de guerre. Elle le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement de son champ de vision.

-         Fais attention à ne pas te rompre le cou Ishtasma à force d’épier les guerriers, lui dit une dame de l’entourage de l’Imane.

-         Il te plaît, n’est pas ? Renchérit une autre.

-         Je ne vois pas de quoi vous parlez, répliqua Edelweiss en feignant l’ignorance.

-         Allons, Ishtasma ! Tes joues ont le même teint que leurs tuniques !

Sous les taquineries des autres femmes, Edelweiss continua à nier jusqu’à ce que Onève prit la parole.

-         Son nom est Caranage. C’est un valeureux guerrier de vingt-deux ans qui a  participé à la dernière campagne et vient tout juste d’être distingué par l’empereur. Depuis, il a intégré la très sélective garde rapprochée du souverain. On dit qu’il est devenu un très proche confident du prince divin et qu’il est doté d’une ambition démesurée. Son charisme est redoutable, c’est indéniable ! Et il sait en jouer comme d’un instrument. Gardes-toi de croiser son chemin, il paraît que cet homme se plaît à déshonorer de nobles épouses mais il semble que la faveur impériale lui pardonne tout.

 

***

A l’instant où Edelweiss posa son regard sur la rangée impeccable de guerrier, Caranage à son tour tourna discrètement son regard vers le balcon grillagé d’où évidemment il ne pouvait rien voir. De là haut, disait-on, on était observé par les concubines de l’empereur toutes plus belles les une que les autres. Le jeune homme se dit qu’un jour, il aimerait bien y faire un tour, juste pour vérifier cette rumeur...

Avec son escorte, ils dépassèrent les hauts murs du Grand Harem Impérial et s’enfoncèrent dans les rues de la Cité. Ils coupèrent la longue avenue des Anges qui menait directement au Palais des Songes, longèrent les bâtiments de justice et entrèrent dans la cour centrale de la  caserne déjà bondée par la foule de guerriers tout juste rentrée du front.

- Repos ! Ordonna Caranage à ses hommes exténués en les laissant se disperser dans les bâtiments.

Lui-même, il devait se l’avouer, était épuisait par ses interminables heures de chevauchés à travers tout l’est du pays pour rejoindre la Cité, et par cette stupide tradition qui forçait les guerriers à demeurer pied à terre en entrant dans la ville impériale. Soudain une voix dans la foule l’interpella :

-         Eh Caranage ! Tu es rentré entier du front ?

C’était Rotryo, un compagnon d’arme avec qui il avait sympathisé et avec qui il jouait souvent au carte.

-         Bien sûr, se targua le jeune homme. Il est impensable que je meure avant de t’avoir prouvé à quel point les cartes sont un domaine où j’excelle.

-         Toujours aussi vantard à ce que je vois ! Que dirais-tu de m’accompagner dans les faubourgs de la Cité ? Je connais une taverne où il serve une bière dont tu me diras des nouvelles...

-         Je crains que ce ne soit pas possible Rotryo. Je dois me rendre au palais des Songes cet après-midi. Une autre fois peut-être ?

-         Oui une autre fois... Répondit Rotryo d’une voix qui trahissait la déception.

Lui et Caranage avaient beau être du même âge, il n’était plus depuis une semaine, du même rang. Depuis que Caranage avait grimpé dans les rangs de la hiérarchie en devenant son supérieur et également guerrier de la garde personnel du souverain, Rotryo avait ressenti une certaine distance qu’essayait d’imposer Caranage. « Là où il veut aller, la présence de simples gens comme moi lui est inutile » songea t-il en regardant s’éloigner le jeune homme de vingt-deux ans vers le quartier des haut- gradé.

Caranage mit la clé dans la serrure de ses nouveaux appartements et ouvrit fébrilement la porte. Lui qui venait d'un milieu modeste où les guerriers devaient se contenter de partager une tente avec un camarade, posséder sa propre chambre était un grand luxe. En entrant, il découvrit plier en deux un jeune esclave prosterné. Je possède un serviteur... Cet état de fait lui fit comprendre que maintenant il était devenu un maître. Sans plus attendre, il se hâta dans la salle de bain et passa trois longues heures à se laver impeccablement. Il commença par défaire une à une toutes ses nattes de guerre, à se plonger dans un bain froid et se frotter vigoureusement chaque partie de son corps pour en extirper la moindre saleté. Puis il passa dans un bassin plus grand et fit une quarantaine de longueurs pour entretenir son corps athlétique avant de sortir et de rejoindre une pièce d’eau chaude et parfumée où il se détendit sous les massages de son esclave. Quand il pénétra dans sa chambre, serviette autour de la taille, il regarda avec satisfaction ses trois nouvelles tuniques qu’il avait achetées la veille, aligné sur son lit. Il choisit de porter la plus sobre des trois, la noire aux broderies bleu marine.

En ayant passait trois heures dans sa salle de bains, c’était à la fois la saleté de la boue et son image de guerrier qu’il avait effacé pour à présent revêtir celle de l’élégant courtisan. Son esclave alluma plusieurs encens aux senteurs de jacinthe pendant qu’il huila et peigna  parfaitement ses cheveux pour les renouer en catogan. Sachant qu’il allait devoir se présenter à l’empereur, il se fonça le contour des yeux de khôl comme le faisait tous les autres aristocrates en se disant que dès qu’il le pourrait, il engagerait une esclave pour le faire à sa place. En dernière touche de sa panoplie, il mit quelques bracelets turquoise à ses poignets et bien sûr il ceignit à sa ceinture son inséparable sabre. Satisfait du reflet de son miroir, il sortit de chez lui et avant de se rendre chez l’empereur, fit un détour par le palais administratif, prés du gouvernement.

Il entra dans la grande bibliothèque officielle et fit mine de s’intéresser à un livre ouvert quand la personne qu’il attendait se présenta à lui. C’était un tout petit fonctionnaire du gouvernement, la quarantaine passé et vingt cinq ans de bons et loyaux services rendus à l’administration de l’état. Caranage avait deviné tout de suite, la première fois qu’il l’avait rencontré, que ce fonctionnaire aigri par la vie qui l’avait toujours empêché d’accéder à un poste privilégier à cause de sa caste, serait un parfait informateur des coulisses du gouvernement. Le jeune guerrier ne savait pas trop comment ni par quel moyen, mais en tout cas ce petit homme du nom de Nekhmaré se débrouillait toujours pour lui apporter exactement les renseignements qu’il attendait.

-         C’est un honneur de vous revoir depuis de si long mois, officier Caranage, dit l’homme d’une vois obséquieuse en se courbant le plus bas possible.

-         Alors ? As-tu quelque chose d’intéressant ? Demanda tout bas le jeune homme sans même lui adresser un regard.

-         Oh oui ! S’exclama Nekhmaré d’un ton mielleux. Je suis sûr que cela va vous intéresser.

Il lui tendit une liasse de parchemins où était inscris tous les rapports du grand conseil des ministres depuis un mois.

- Ce sont vraiment... les procès-verbaux écrient de la main même du grand secrétaire de l’assemblé ? Murmura Caranage admiratif. Je croyais qu’il gardait toujours les originaux confinés dans un coffre ?

-         Ce ne sont que des copies bien évidemment, mais elles sont les copies parfaites des originaux vous pouvez en être certains.

Caranage allait tourner les talons, l’esprit déjà plongé dans la lecture de ces documents officiels lorsqu’il se souvint qu’il devait récompenser le vieux fonctionnaire.

-         Aimes-tu la poésie du maître Maha Chiinyasom ?

-         Comme tout homme cultivé, officier Caranage. C’est un éminent érudit dont nous il n’existe que cinq copies de ses ouvrages...

-         Et bien demain je t’offre l’une d’elles. Coupa le jeune homme. Ce sont des livres qui encombrent ma chambre depuis que je l’ai acquis pendant les troubles à l’Est.

-         L’officier Caranage est bien trop généreux pour un humble commis de ma caste, s’empressa d’ajouter Nekhmaré en s’agenouillant de plus belle.

Le guerrier avait déjà effacé de sa mémoire le fonctionnaire incliné à ses pieds et s’était  replongé dans sa lecture tout en sortant de la bibliothèque.

C’est fou comme il en apprenait des choses au fur et à mesure qu’il lisait ces lignes ! Le rapport était si détaillé, qu’il parvenait à s’imaginer parfaitement les différents ministres siégeant autour de la table circulaire. Au fond, ces hommes du gouvernement ne pouvaient qu’apercevoir une alcôve grillagée où parfois venait assister l’empereur sans qu’ils ne le sachent. Grâce au parchemin, il entendait parfaitement les répliques des différent hommes d’état, comprenait mieux les décisions prisent...  « ah comme les pauvres sujets que nous sommes ne savons rien de la réalité du monde ! » Soupira Caranage. Lui qui avait été envoyé au front, savait mieux que ces autres courtisans oisifs ce qu’était la souffrance, la famine et la mort. Ces trois cousines morbides il les avait si souvent fréquenté dans sa jeune carrière de guerrier qu’elles lui étaient à présent tout à fait familières presque indifférentes...

En approchant du Palais des Songes, Caranage jugea préférable de laisser ses documents interdits qui pouvaient lui coûter la vie sous un arbuste le long de l’avenue des Anges. Les mains vides, il passa sans encombre la fouille des gardes du palais qui lui retirèrent son sabre et le laissèrent pénétrer dans les appartements de l’empereur. Il traversa dans plusieurs salons où différents fils d’aristocrates bavardaient tranquillement dans de gros coussins de soie. Il s‘inclina devant chacun d’eux avec le plus d’humilité que son simple rang d’officier lui permettait. A chaque fois, il prenait des nouvelles de l’empereur et à chaque fois on lui répondait que sa Majesté restait cloîtrer dans ses appartements privés.

-         Il s’enferme ? Pourtant il est toujours présent aux cérémonies officielles.

-         Oui mais dès qu’il a finit, il ne vient plus se détendre avec nous, lui dit l’un d’eux.

-         C’est à peine s’il rend visite à son Harem ! S’exclama un autre homme.

-         Pensez-vous que cela ai un rapport avec son retour du front Est ? Insinua l’air de rien Caranage.

-         Oui peut-être... c’est vrai que depuis qu’il revenu, il est différent...

-         Certaines personnes disent même que ses insomnies sont revenues, dit un jeune homme à la tunique orange qui ne devait pas avoir plus de seize ans.

-         Ses insomnies ? Demanda innocemment Caranage qui cacha habilement sa curiosité en anxiété.

-         Vous ne le saviez pas ? S’enorgueillit le jeune homme à la tunique orange qui semblait heureux d’être le centre d’intérêt. Entre ses dix ans et ses quinze ans, le prince divin a été atteint d’un mal étrange. Il paraissait que des mauvais esprits avaient prit possession du sommeil impérial ce qui avait entraîné ses insomnies.

-         Qu’est-ce qui a bien pu faire cesser cette maladie ? Interrogea de plus belle Caranage à ce jeune à la langue bien pendue.

-         On ne sait pas trop... Cela a cessé tout seul.  Tout ce que l’on sait c’est que son rétablissement a coïncidé avec le retour à la Cour du prince Moon Sokusaï...

Caranage serra les dents presque inconsciemment. Il décida de changer le sens de cette conversation.

-         Donc vous pensez que les insomnies du divin prince reviennent à nouveau ? Pensez-vous que j’ai une chance d’obtenir une audience avec notre divin prince ?

-         Vous ? S’exclama un aristocrate presque hilare. Si sa Majesté ferme sa porte à la haute aristocratie pourquoi l’ouvrirez t-elle à un simple officier de son armée ?

-         Vous avez raison, répondit Caranage en baissant la tête. Je me suis montré trop présomptueux, veuillez m’excusez...

Le jeune homme se retira de la pièce en laissant là les courtisans à leurs bavardages. Il avait obtenu d’eux les renseignements exacts qu’il était venu chercher. A présent la seconde étape consistait à pouvoir accéder aux apparentements privés de l’empereur. Cela fut plus simple que le reste. Caranage avait intégrait la prestigieuse garde personnelle impériale. Il faisait partit des vingt hommes qui vivaient au plus proche du dieu vivant. Nuit et jours, ces hommes surentraînés, au physique et à la morale irréprochable, devaient assurer au prix de leur vie la sécurité de l’empereur dans tous ses déplacements. La règle d’or voulait que ses hommes n’adressent jamais la parole à leur maître. Mais pour Caranage s’était un peu différent, car s’il avait intégré la garde rapprochée c’était grâce à l’intervention du souverain qui lui devait la vie au front après l’avoir sorti d’un guet-apens...

Il passa devant une dizaine de ses camarades sans encombre. Mais fut bloqué par deux d’entre eux devant l’entrée de la chambre impériale.

-         Que fais-tu ici Caranage, l’interrogea l’un des deux gardes. Tu ne reprends ton service que la semaine prochaine il me semble ?

-         Oui, mais je ne suis pas là en temps que guerrier mais en courtisan. J’ai une requête pour sa Majesté.

-         Quelle sorte de requête ? Questionna le second garde suspicieux.

-         Voyons ! Ce sont des ordres qui me sont parvenu directement de mes supérieurs hiérarchiques, répondit énergiquement le jeune officier.

Les deux gardes se consultèrent du regard avant de le laisser passer. Après tout ce n’est juste que lui... Quand les lourdes portes de l’antichambre se refermèrent derrière lui, Caranage ne put effacer de son visage un sourire moqueur. C’était toujours la même chose depuis sa plus jeune enfance. Chaque fois qu’un homme posait son regard sur lui, il lui inspirait automatiquement la droiture, la loyauté en somme quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance. En ce qui concernait les femmes, il leur projetait l’image d’un homme parfait, courtois, une illusion du prince charmant. Grâce à ce don qu’il avait très tôt maîtrisé, il avait réussi toujours à obtenir des autres de multiples privilèges. « Les hommes sont crédules, ils font rimer beauté avec bonté » se répétait-il souvent quand il parvenait encore une fois à obtenir de quelqu’un ce qu’il désirait. Personne jusqu’à présent n’a réussi à lui résister...

Après qu’un valet lui ait lavé les pieds pour lui permettre de pénétrer la chambre à coucher de l’empereur, Caranage découvrit avec surprise que ce dernier dormait. Les rideaux de son immense baldaquin étaient complètement tirés, c’était du moins ce qu’il pensait.

-         C’est toi Caranage ? Je reconnaîtrais ta démarche parmi toutes !

Une lueur de satisfaction passa dans les yeux de l’officier. « Je n’ai rien à faire, c’est lui qui vient à moi » se dit-il. Et comme je suis un courtisan je me dois de lui répondre, peu importe ce qu’en penseront les autres membres de la garde rapprochée »

-         Oui divin prince, vous avez vu juste.

-         Caranage... Quel temps fait-il dehors ? Demanda la voix derrière les rideaux du baldaquin.

-         Si vous sortiez la tête à la fenêtre de votre chambre vous le sauriez.

-         Tu me surprendras toujours, Caranage ! S’exclama soudainement Hédopian tandis que s’éleva dans la pièce son rire cristallin. Je m’attendais à une réponse comme « Le temps est à l’image de votre perfection, rayonnant de lumière et le ciel pur de tous nuages » ou encore « Le temps se gâte, sire, il pleure l’absence de son dieu parmi les hommes ».

-         Mais alors pourquoi me poser la question si vous vous attendiez déjà à la réponse ?

-         Je ne sais pas, peut-être par habitude...

Hédopian sortit de son lit et vint s’asseoir près de son balcon d’où il avait une vue panoramique de ses jardins et plus loin de l’avenue des Anges qui semblait se perdre dans l’horizon. Il invita Caranage à s’asseoir à ses côtés.

-         Prince divin, me méprendrais-je si je prétendais que sa Majesté à les traits tirés et que son regard est le même que ceux qui ont vu l’insoutenable ?

Hédopian ne répondit pas tout de suite, puis il soupira.

-         Bien sûr tu es un guerrier tu comprends cela mieux que la majorité des hommes de ma cour...

-         Pardon ?

-         Tu veux savoir, n’est-pas ? Et bien je vais te le dire puisque j’ai une dette envers toi. Il se trouve que depuis que j’ai participé à cette campagne militaire j’ai l’impression de ne plus être le même. Avant tout me semblait logique, tous ce que je faisais avait un sens. Mais à présent, maintenant que j’ai vu l’horreur du vrai monde, la Cité me parait être une scène de théâtre artificielle que l’on me montre depuis le premier jour de mon existence.

 

Caranage écouta l’empereur sans l’interrompre. Il était à la fois comblé et ému par ces confidences. Si le prince divin ouvrait si librement son cœur à un homme qu’il connaissait à peine, c’était que sa souffrance lui était devenue désespérante. Après tout, ce dieu-vivant n’avait que dix- neuf ans et toute divinité qu’il était, il n’en restait pas moins un homme, aux réactions humaines.

-         J’ai l’impression que l’on m’a caché la vérité depuis toujours. On m’a laissait vivre dans l’illusion d’un pays idyllique que je contrôlais. Mais la réalité c’est que des hommes souffrent, agonisent, et expient tous les jours  pendant que moi, leur souverain, demeure sourd à leurs détresses.

-         Votre cœur est grand mais malheureusement c’est le destin de l’homme de mourir un jour. Peu importe la grandeur votre générosité il en sera toujours ainsi. Vous avez eu la chance d’être naît plus haut que la masse humaine. Tiré partie de votre chance.

-         Quel âge as-tu Caranage ?

-         Vingt-deux ans, sire.

-         Et depuis combien d’années sers-tu mon armée ?

-         Cela va bientôt faire six ans.

-         Cela veut dire qu’à mon âge tu avais déjà connu mainte fois la mort n’est pas ?

-         Oui, sire.

Hédopian resta pensif un long moment. Alors qu’il ne se souvenait plus exactement ce qu’il avait fait d’exceptionnelle à seize ans, au même âge ce Caranage avait du déjà tuer pour la première fois de sa vie. Cet homme malgré sa carrure impressionnante lui paraissait être un homme exemplaire et protecteur, il ne savait pas pourquoi mais il avait l’impression qu’il avait besoin de s’entourer de personne telle que lui s’il ne voulait pas mourir de solitude... Soudain le sens d’une clochette le tira de ses pensées.

-         C’est la sonnette qui m’annonce que le conseil des ministres va commençait immédiatement. Informa Hédopian à l’officier intrigué.

-         Mais... vous n’y aller pas ? Demanda Caranage surpris de voir que l’empereur ne semblait pas pressé pour se rendre au conseil où se jouaient toutes les décisions de l’Empire.

-         Je ne sais pas... aujourd’hui je ne me sens pas d’humeur. Tu sais ce n’est pas une obligation. J’y vais de temps en temps pour être tenu au courant des affaires de l’état.

Caranage cogita un instant. Finalement il en conclut que c’était bien possible. L’empereur n’apparaît pas publiquement au conseil, il est tenu derrière une fenêtre grillagée. S’il n’est pas présent, personne ne peut s’en rendre compte. C’est à la fois une force et une faiblesse. Il garde ses ministres sous tension d’être observé par lui mais dans un même temps l’empereur ne connaît pas tous ce qui se passe dans ses conseils et doit souvent signer des papiers sans prendre la peine de les lire.

-         Dis-moi, Caranage, est-ce que cela t’intéresserais d’assister de tes propres yeux à un conseil ? 

L’officier dévisagea l’empereur abasourdi. Aurais t-il pu deviner qu’il venait d’annoncer tout haut l’un de ses rêves ?

-         Aller suis-moi ! Lui dit joyeusement Hédopian. Mais je te préviens que tu vas être déçu, les conseils sont d’un ennui mortel.

Caranage suivit l’empereur qui le conduisit dans un dédale de couloir avant de le faire pénétrer dans une petite pièce exiguë, peu éclairé couverte de coussin et de sofa. Il remarqua une large fenêtre finement grillagée d’où traversé une douce lumière. Inconsciemment, il fit un pas en arrière.

-         N’es pas peur, le rassura l’empereur. De l’extérieure personne ne peut te remarquer. Il est fait d’un tissu spécial, le même utilisé pour le Harem, qui permet de voir sans être vu. Je peux te l’assurer personne ne peut discerner ne serais ce que  ton ombre. Je te demanderais seulement d’être totalement silencieux jusqu’à la fin de l’assemblé.

Il était inutile de la rappeler à Caranage tant la joie  d’être au conseil l’avait rendu muet. Son cœur battait à tout rompre d’être dans cette pièce où seul l’empereur venait. Cette pièce qui surplombait la grande assemblée du grand conseil impérial. Il n’imaginait plus, il était présent, un pas derrière l’empereur.

Hédopian sourit. Aujourd’hui il se sentait bien. Il s’était libéré d’un poids et n’avait plus envie de rester enfermé. Alors que lui-même avait du mal à rester attentif à toutes ces discussions politiques, Caranage était littéralement hypnotisé par tous ce qui se disait. Ainsi, à la fin du conseil furent terminés, l’empereur eut une idée.  Il lui proposa d’assister une fois par semaine à sa place à cette assemblée et par la suite à lui raconter en détail tous les faits important, tandis que lui, l’empereur, le récompenserait de son travail en lui permettant de quitter sa garde rapprochée pour entrer directement dans le cercle intime de ses courtisans. Le futur ex-officier s’effondra en prosternation, le front au sol, pour mieux dissimuler son sourire. Décidément, aujourd’hui était un jour exceptionnel pour l’obscur guerrier Caranage !



par Sãmbre Calliopé publié dans : Prélude du Chaos :Mon roman
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Vendredi 4 juillet 2008
note de Calliopé : Voilà un nouveau chapitre commence, avec beaucoup plus de bouleversement que dans le précédent, jespère qu'il vous plaira. Ah et pour l'image, et bien à l'origine elle appartient au manga peace maker kurogane. Quand je la regarde elle me fait penser à Hédopian (ou Sokusaï peut importe lol ^^) dans une tenue assez décontractée. allez,  Enjoy !

vous êtes perdu? Pas panique !
Plan et lien détaillé : ici
début de l'histoire : chapitre 1
début chapitre 2
début chapitre 3



La prophétie

En revenant au Harem, Edelweiss finit par comprendre que le retour de l’Imane coïncidait avec les bonnes nouvelles qui étaient enfin parvenu du front. Après à peine deux mois de campagne militaire, l’empereur avait anéanti l’ennemi et devait revenir d’ici quelques jours dans sa Cité. Pour tous les courtisans déserteurs, il était absolument vital de revenir avant le Divin prince afin de préparer les festivités pour son triomphe. Mais loin de la fébrilité qui animait le cœur de la Cité, Edelweiss restait cloîtrait dans sa chambre. L’Imane lui adressait à peine la parole depuis quelques jours. Elle feignait de l’ignorer et ses dames suivaient son exemple.

Puis l’empereur revint afin dans sa Capitale, acclamé par son peuple ivre de joie. Les fêtes furent sans fin, et d’une débauche de luxe rarement atteint. On dansait et chantait dans les rues toute la nuit et cela continuaient aussi toute la journée, jusqu’à ce que l’empereur fut obligé de faire éditer un décret ordonnant à son peuple de reprendre son travail afin de refaire marcher l’économie du pays. Malgré tout, Hédopian n’était complètement aveuglé par toutes ces festivités en son honneur et finit par glisser un soir à Onève :

-         Je n’ai pas eu le plaisir de revoir ta kamkamsatti depuis un certain temps, très chère seconde Imane ?

Pour toute réponse, Onève se contenta de faire glisser une lettre sous le paravent...

Le lendemain matin, Edelweiss reçut dans sa petite chambre la visite de la reine-mère en personne accompagnée de trois sombres eunuques et d’une vieille femme. Sans même se présenter, ni même s’excuser d’avoir pénétré dans la pièce de la jeune fille, la reine mère ordonna à ses sbires de la déshabiller et de la coucher sur le lit. Edelweiss eut beau se débattre de toutes ses forces, de hurler, de griffer, de pleurer elle ne put rien faire. Et la vieille femme s’approcha d’elle et la força à ouvrir l’entrejambe. Edelweiss cria de plus belle en vain, lui suppliant de la laisser, de lui dire qu’elle lui faisait mal mais ses bourreaux restèrent sourds à ses gémissements... Puis la vieille femme enleva  ses doigts et dit seulement à la reine mère.

-         Elle est encore vierge.

-         Bien, à présent qu’elle me suive, répondit froidement le profil de faucon.

Etouffant ses sanglots, la jeune fille se rhabilla hâtivement, accablée de honte devant les eunuques et suivit la reine mère dans son palanquin. De là, elle fut conduit directement dans le Palais des Songes. Elle entra dans une pièce où se trouvait déjà l’empereur assit derrière un imposant bureau. En l’apercevant Edelweiss s’effondra en prosternation, elle ne savait pas de quoi on l’accusait mais elle était prête à tout pour se faire pardonner.

-         Je t’ai amené la fille, dit Trixie en s’inclinant à nouveau.

Hédopian ne répondit pas. Il avait un air lointain et fronçait légèrement les sourcils. Puis son regard se posa sur sa mère avant de revenir sur Edelweiss.

-         Sais-tu pourquoi tu es ici, Ishtasma ? Finit-il par lâcher.

La jeune fille secoua la tête.

-         L’empereur ne comprend pas l’inaudible, lança Trixie agacée.

-         Je n’en ai pas la moindre idée... murmura apeurée Edelweiss.

-         En es-tu sûr ? N’as-tu rien fais qui auraient pu te compromettre ou compromettre mon honneur pendant mon absence ?

Edelweiss déglutit difficilement. C’est vrai qu’elle avait désobéis aux lois du Harem mais jusqu’à présent, elle n’avait jamais eu l’impression de se sentir fautive. Mais devant ses deux personnages de l’état si intimidant, elle se sentait  coupable de tout les tords.

-         J’ai... Je me suis échappée de la surveillance de mes gardiens pour me balader dans la campagne...

-         Combien de fois ? Coupa sèchement Trixie.

-         Je ne sais pas... deux à trois fois par semaine...

La reine mère secoua la tête d’un air réprobateur et Edelweiss vira au rouge pivoine.

-         Qu’est-ce qui t’a bien poussé à enfreindre aussi souvent les règles ? N’as-tu fais la rencontre de personne en particulier ? Continua l’empereur.

Ils savaient... Elle ignorait comment puisqu’elle n’avait jamais parlé de sa rencontre avec Sokusaï pas même à Onève. Mais à présent tout était joué d’avance il était impensable de vouloir cacher plus longtemps ce secret de polichinelle.

-         J’ai vu le prince Sokusaï... Il ne m’a jamais touché, je vous en prie croyez-moi ! Jamais il n’a eu un geste déplacé envers moi. Je suis l’unique responsable, j’ai pénétré ses terres régulièrement sans son autorisation...

Après ses aveux, Edelweiss se demanda pourquoi elle avait défendu le prince puisqu’il devait être la seule personne qui avait pu la dénoncer. Puis de manière inattendue, l’empereur soupira :

-         J’ai confiance en ta vertu, Ishtasma mais je n’ai pas confiance en la sienne... Ne connais-tu pas la réputation du prince Moon Sokusaï qui fait même honte à notre pauvre mère et déshonore le nom de la famille impériale ? Ne sais-tu pas qu’il vit dans l’immoralisme ? Qu’il fréquente des personnes indignes de sa caste ? Qu’il a des mœurs débridés, perverses, voir déviantes ? Personne ne t’a jamais parlé de son comportement étrange ? Parce que si tu l’avais su, Ishtasma, je suis sûr que tu n’aurais jamais approché cette personne avec qui je suis contraint de partagé le même sang.

-         Oui Prince Divin...

-         Et méfie-toi d’Onève aussi, cette femme est prête à tous pour garder ses privilèges...

-         Onève ? S’étonna Edelweiss. Que vient faire votre magnifique Imane dans cette histoire ?

-         Figure-toi que c’est ta Grande Sœur en personne qui m’a écrit une lettre sur ton compte. Dit Hédopian en jettant un parchemin au pied d’Edelweiss.

 

En lisant son contenu, Edelweiss n’en crut pas ses yeux. C’était en réalité Onève qui l’avait trahie.

 

-         Comme tu as pu le lire, poursuivit Hédopian, Elle m’a écrit pour me prévenir de  sa méfiance envers toi pendant mon absence. Elle m’a dit qu’elle t’avait surpris plusieurs fois rentrer de cheval sans autorisation des eunuques et qu’elle émettait des doutes sur toi, étant donner que sa propriété ne se trouver qu’à peine deux lieues de celle du prince Moon Sokusaï.

L’esprit d’Edelweiss bouillonna de rage. Si l’empereur disait vrai, alors Onève aurait monté toute cette intrigue uniquement pour l’écarter du Harem. Celle qu’elle considérait comme sa sœur, n’avait en réalité fait que la manipuler depuis trois ans... Comment ne s’en était-elle pas rendu compte ? C’était si évidant ! Onève rêvait depuis des années de retrouver son ancien statut de première Imane. En ayant remarqué que l’empereur appréciait Edelweiss, elle avait décidait de la prendre sous sa protection pour avoir accès à l’empereur plus souvent et ainsi user de ses charmes. Edelweiss n’avait jamais était qu’un jouet pour Onève, qu’elle agitait pour attirer l’empereur, mais apparemment elle se sentait assez sûr de son pouvoir sur lui maintenant pour ne plus avoir besoin de sa kamkamsatti.

- Si l’empereur savait cela depuis le début, pourquoi joue t-il au jeu de la seconde Imane au point de lui laissait croire qu’elle a une emprise sur vous ? Demanda Edelweiss sans cacher son agressivité puisqu’elle n’avait plus rien à perdre à présent.

-         Onève à toujours était une intriguante trop sûr d’elle. Le seul moyen pour qu’elle puisse retenir une leçon c’est qu’elle tombe de haut. Je suis désolée de t’avoir  mêlé à ces histoires internes, mais les choses vont vite changer Ishtasma, tu verras... En attendant, je veux que tu retourne vivre chez ta Grande Sœur.

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